Suppression du numerus clausus : la belle affaire !

Le numerus clausus, présenté en tant qu’ « outil de régulation inefficace et inutile » sera donc en toute vraisemblance, supprimé. L’exécutif a tout de même pris soin de préciser que cette mesure n’apporterait pas une réponse immédiate aux problématiques de déserts médicaux (non seulement il faut dix à quinze ans pour former un médecin mais l’âge moyen d’installation des médecins généraliste est de 39 ans) ; cette précision constitue un premier point rassurant.

Qu’il puisse être suggéré que la suppression du numerus clausus apportera mécaniquement plus de médecins là où les déserts médicaux privent 10 millions de Français d’accès aux soins dans des conditions raisonnables n’en demeure pas moins très problématique. Cette situation aboutit à écarter des soins des régions entières et des catégories de population en même temps que cette désorganisation induit des dépenses de santé qui creusent les déficits de la sécurité sociale.

Le numerus clausus a déjà été élargi sans que les médecins s’installent dans les déserts qui continuent à progresser. D’autant que les médecins en France n’ont jamais été si nombreux : au 1erjanvier de cette année, 226 000 exerçaient dans l’hexagone, soit 10 000 de plus qu’en 2012 par exemple, et ce chiffre continue à augmenter. Nous sommes l’un des pays européens les mieux pourvus en médecins !

Il n’en demeure pas moins qu’il n’y a pas suffisamment de médecins généralistes, a fortiori dans les endroits où les malades en ont le plus besoin. Si le nombre total de médecins spécialistes augmente (+7,8% en six ans), celui des médecins généralistes stagne. La volonté politique doit se situer là également : décider d’inverser la tendance en formant davantage de généralistes nécessite une décision forte et de tenir cet engagement face aux lobbys qui ne manqueront pas d’œuvrer en sens inverse.

En outre, former un futur médecin demande des moyens pédagogiques et financiers à proportion. Il est irresponsable d’ouvrir les vannes et de déséquilibrer durablement les capacités de formation des futurs médecins et par conséquent la qualité des soins demain. Depuis des décennies la demande de revoir les modalités du concours et la qualité de la formation est unanime : il ne s’agit pas de former plus de médecins mais de former mieux. Ce dont notre pays et les malades ont besoin, c’est de développer les capacités à travailler avec d’autres professionnels de santé et de s’adapter constamment au service du service public de santé.

Le gouvernement doit fixer des priorités : quels médecins désire-t-on former ? Que doivent-ils précisément être amenés à faire ? À quel endroit ?

L’accès aux soins n’est plus garanti dans notre pays et se soigner est devenu la priorité quotidienne des personnes âgées, des zones rurales, des personnes défavorisées, etc. La garantie des soins, notamment des personnes âgées à domicile doit devenir la priorité du gouvernement, et le numerus clausus ne changera (malheureusement) rien à l’affaire.

 

 

Tribune // Peggy Wihlidal & Martial-Olivier Koehret // Soins Coordonnés

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