Le bluff des kilos en trop

Catherine Grangeard

22/07/2015

Psychanalyste spécialiste des questions d’obésité

 

Si l’obésité sévère pose des problèmes de santé en raison de co-morbidités plus fréquentes, il n’en est rien pour un simple excès de poids.

 

L’analyse des données d’une méta-analyse regroupant une centaine d’études réalisées sur 2,88 millions de personnes a été publiée en janvier 2013. Dans la très sérieuse revue The Journal of the American Medical Association (JAMA), Katherine Flegal réitère… Déjà en 2005 puis en 2007, elle avait révélé que l’examen du risque de décès, quelle que soit la cause, met en évidence que le surpoids favorise… la longévité.

 

OUI, vous avez bien lu ! Voilà 10 ans que la communauté médicale sait (ou devrait le savoir) ce que ces maxi-études (financées sur fonds publics, sans conflits d’intérêts) montrent… Les personnes ayant un IMC normal (entre 18,5 et 25) par rapport à celles étant en surpoids (IMC entre 25 et 30) ont une augmentation de 6% de risques de décès et par rapport à celles ayant une obésité modérée (entre 30 et 35) le risque est toujours majoré de 5%… Ensuite, au-dessus d’un IMC de 35 l’obésité expose à des risques accrus.

 

C’est troublant. Pourquoi est-ce encore un scoop en 2015 ? Pourquoi une corrélation n’est-elle pas encore réalisée entre les résultats de ces analyses (près de 3 millions de personnes !) et ceux de l’étude de l’ANSES sur les méfaits des régimes, présidée par Jean-Michel Lecerf, publiée en novembre 2010?

 

Mieux vaut être enrobé que filiforme.

 

Le professeur Patrick Tounian écrivait « l’étude a rencontré en 2007 une ribambelle de réactions négatives, notamment de ceux qui ‘vivent’ de l’obésité et ont intérêt à ce que leur gagne-pain ne soit pas relativisé et ne soit considéré comme un terrible fléau ».

 

La dédramatisation est non seulement bénéfique mais elle évitera de bluffer les gens avec de fausses informations. Le mépris qui accompagne les personnes enrobées est tel qu’il crée un problème là où il n’y a pas à s’en faire…

 

C’est aussi la cause de dérapages inconsidérés dans les yoyos des régimes que beaucoup s’infligent.
L’atout esthétique du surpoids n’est pas à la mode même s’il est préférable pour la santé! Une réflexion, approfondie, sur la construction du beau dans notre société reste à mener. Je vous en parlerai dans un prochain billet.

 

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