#Interview de l’ANEPF

Réforme des études, projet de loi de santé : un mot sur l’actualité des étudiants pharmaciens

Robin Tocqueville-Perrier, président de l’ANEPF

Les étudiants en pharmacie de l’ANEPF étaient réunis à Lyon le weekend du 16 et 17 février pour la 3e Assemblée Générale du mandat débuté cet été. Nous avons profité de cet événement pour les interroger sur l’actualité pharmaceutique.

Vous aviez placé cette 3e AG sous le thème de l’accompagnement des personnes âgées par les données de santé et l’intelligence artificielle, pourquoi ce choix ?

Nous sommes dans un tournant numérique en matière de santé et il est nécessaire que les étudiants se saisissent de cette problématique. Il nous a alors paru intéressant d’aborder ce sujet sous l’angle du traitement des données de santé et de l’intelligence artificielle. Nos formations ne sont pas encore adaptées à cet essor mais les étudiants doivent dès maintenant être sensibilisés à cette problématique qui va devenir omniprésente dans leur vie professionnelle, quelle que soit la filière qu’ils vont choisir. La protection des données de santé avec l’exemple de la prise en charge des personnes âgées est un sujet très peu traité auprès des étudiants. Guy Vallancien, Michèle Arnoé, Pierre-Xavier Franck et Michel Hannoun nous ont fait l’honneur d’animer cette table ronde en apportant leur expertise, leur vision du numérique en santé.

Vous nous avez confié que les AG vous permettaient de fixer le cap de l’ANEPF pour les prochains mois, qu’est-il ressorti de vos échanges ?

L’actualité est très chargée pour la profession en ce début d’année. Ces assemblées générales sont l’occasion pour nous de faire un point avec le réseau et de prendre des positions sur l’actualité afin de continuer notre travail. Notre structure étant en perpétuelle évolution en terme de projets et de fonctionnement, cette Assemblée Générale a été pour nous l’occasion de présenter le nouveau site internet qui a été repensé et réévalué afin de donner à notre réseau des outils accessibles et utilisables facilement. Un site dédié aux master 2 et diplômes universitaires a également été voté et va pouvoir permettre de donner aux étudiants les informations nécessaires à leur recherche d’orientation. De plus, nous avons pu prendre position sur plusieurs sujets comme le cannabis thérapeutique et l’ajout de nouvelles propositions à notre contribution sur ma santé 2022 afin de répondre aux problèmes d’approvisionnement en médicaments et faciliter l’accès à l’antidote aux opiacés.

Comment se positionne l’ANEPF par rapport à la réforme des études de santé ?

Les consultations régionales ayant débuté c’est le moment pour nous de réaffirmer nos positions sur la réforme d’entrée dans les études de santé.

Il est nécessaire de revoir fondamentalement les modalités de recrutement ainsi que l’orientation des étudiants afin de limiter les choix par défaut et de ne pas recréer une hiérarchie entre les filières. Cette année se doit d’être une année de formation et de construction d’un projet professionnel pour l’étudiant et ne pas s’arrêter à une année de sélection stricto sensus.

La pharmacie a également besoin de diversifier les profils de ses étudiants au vu de la pluralité de métiers qu’elle propose, en mettant au moins deux modes d’accès non hiérarchisés. Cette diversité passera aussi par le changement de docimologie, avec l’arrêt du tout QCM sur du bachotage scientifiquement inutile.

Nous ne souhaitons pas de demi-réforme, ni une PACES modifiée et nous nous battrons pour faire en sorte que les futurs étudiants en santé aient une réforme qui prend en compte leurs attentes.

Un petit mot sur l’actualité législative ? Quelles sont vos attentes par rapport au projet de loi de santé ?

Au mois de janvier nous avons pu sortir une contribution qui regroupe 67 propositions pour le projet de loi de santé 2019. Nous avons eu l’occasion de s’exprimer auprès de la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale le 28 février dernier aux côtés de la FSPF, l’USPO et l’APR. Des amendements ont été proposés.

Dans la continuité de l’avis de la HAS, il nous paraît opportun dans le cadre de cette Loi Santé de faciliter l’accès au dépistage grâce aux TROD. Il est nécessaire de permettre législativement aux pharmaciens d’officines d’accompagner le patient à la réalisation d’un TROD à visée de pré-dépistage (de part la modification de l’arrêté du 1er Août 2016) et d’intégrer le mot dépistage dans l’article 7 alinéa 10. À titre d’exemple, cette mesure permettrait de répondre à un réel enjeu de santé publique en terme de transmission et de prise en charge précoce que constitue le VIH et l’Hépatite C.

Cette mesure pourrait soutenir également d’autres enjeux sanitaires tel que l’antibiorésistance. Ainsi, la réalisation de TROD angine par le pharmacien permettrait d’homogénéiser les habitudes de prescription et de dispensation des antibiotiques sur le territoire de façon sécurisée.

Concernant la dispensation sous protocole, la mesure que nous avons proposé, permettrait de libérer du temps médical, de désengorger les urgences et d’améliorer l’accès aux soins non programmés. Ainsi, cette reconnaissance de compétence permettrait au pharmacien de prendre en charge les pathologies ne relevant pas d’un diagnostic de sémiologie-clinique. En permettant au pharmacien d’officine de prendre en charge certains pathologies courantes par anamnèse (cystites, conjonctivites, douleurs dentaires etc), sur la base d’arbres décisionnels, en dispensant si nécessaire des médicaments de prescription médicale obligatoire grâce à des ordonnances collectives établies préalablement avec la communauté médicale.

En ce qui concerne la rupture d’approvisionnement, il nous paraît opportun d’enrichir cet article d’une modification législative (art L 5125-23 CSP) visant à élargir les possibilités de substitution de classe par le pharmacien en cas de rupture majeure établie par les autorités. Celles-ci définiraient par quels traitements le pharmacien serait autorisé à substituer le médicament manquant. Parmi ces possibilités de substitutions, en tant qu’expert du médicament, le pharmacien établirait quel médicament présente la meilleure efficacité et tolérance grâce au Dossier Médical Partagé comprenant le dossier pharmaceutique du patient. Cette solution constitue une réponse immédiate mais partielle à cette situation sanitaire. Elle devra s’accompagner d’autres mesures d’envergures.

De plus, à l’instar de certains pays européens comme la Suisse ou l’Angleterre, il nous paraît pertinent de pouvoir mobiliser les pharmaciens en cas de couverture vaccinale en deçà des préconisations des autorités de santé, comme la rougeole ou encore le papillomavirus actuellement en France. Il est essentiel de pouvoir mobiliser les pharmaciens en situation épidémique voire pandémique, compte tenu de l’importance de la population à vacciner. Pour se faire, il est nécessaire que le décret fixant les conditions d’application de l’alinea 9 de l’article 5125-1-1 du Code de la Santé Publique le permettent.

Une prochaine date / événement important pour l’ANEPF ?

Notre prochaine Assemblée Générale sera le week-end du 6 et 7 avril à Toulouse. Ce sera la dernière assemblée générale pour notre bureau avant le congrès annuel qui aura lieu fin juin à Montpellier durant laquelle aura lieu le changement de bureau de l’ANEPF.

Merci aux membres du bureau de l’ANEPF pour leurs réponses !

Propos recueillis par Soins Coordonnés

12 mars 2019