Vaccination : les dangers du « ne rien faire »

Notre monde est bouleversé par de multiples révolutions technologiques qui transforment nos modes d’organisation et de pensée. Le domaine de la santé n’y échappe pas. Et pour garantir la meilleure sécurité et qualité des soins aux patients, les professionnels de santé sont amenés à voir le périmètre de leurs activités réévalué, en témoigne le débat actuel autour de la vaccination qui a vocation à être ouverte à d’autres professions de santé.

Le péril du « ne rien changer »

Le monde tel que nous le connaissons se défait.  L’ubérisation est partout, une chance pour accéder à de nouveaux services, une menace pour les situations établies et les emplois.

L’ubérisation ne concerne pas seulement les taxis et les VTC, le champ de la santé est aussi impacté par l’explosion des possibilités technologiques, les objectés connectés, l’intelligence artificielle, etc.

Il suffira de quelques mois pour que les diabétiques puissent suivre leurs glycémies en direct sur leur smartphone, sans infirmières, ni biologistes, ni médecins pour prescrire et effectuer l’analyse. Les robots réaliseront de plus en plus les gestes des chirurgiens. Toutes les professions sont ou seront concernées, concurrencées, menacées. Nul n’est à l’abri de la mise en cause de son « fonds de commerce » ou de son « cœur de métier », quels que soient les mots employés.  La menace est là.

Dans un monde qui se défait, et se refait constamment, deux options s’ouvrent à nous : nous pouvons le regarder se refaire sans nous ou participer à la reconstruction.

Très souvent, trop souvent, beaucoup sont les institutions, les syndicats, qui face aux mutations, protestent et exigent que le monde demeure en l’état.

Contre l’évidence, contre l’inéluctabilité de ces transformations, il faut, pour eux, que rien ne change.

La vaccination : témoin de la résistance au changement des organisations professionnelles

Les débats autour de la vaccination ouverte aux pharmaciens s’inscrivent dans cette réflexion

Le fait qu’on ait permis une expérimentation de vaccination par les pharmaciens a entraîné des réactions illustrant les crispations de tous. Chacun s’arcboute pour que le monde ne change pas…

Et pourtant, comme l’aurait dit Galilée,  « elle tourne » !

Dans cette pièce de théâtre où les rôles sont comme d’habitude distribués à l’avance, l’épilogue est évident: nous sommes tous perdants.

En soi, la vaccination représente peu au regard de l’ensemble du volume des actes de soins. Et pourtant, c’est une question d’envergure car elle symbolise l’envie et le besoin de faire évoluer les périmètres de chacune des professions de santé.

Les professionnels de santé, garants de la sécurité de la prise en charge des patients

 Face à l’ubérisation qui menace l’ensemble de nos fragiles équilibres actuels, chacun sait que les périmètres doivent bouger. Les diverses professions de santé doivent faire valoir au plus vite leurs compétences et leurs valeurs ajoutées à l’amélioration de la santé des populations de notre pays.

Cela implique de revenir aux fondamentaux : à savoir, quels sont les besoins de santé de la population ? qui peut garantir la qualité et la sécurité des actions ?

Mobilisés, motivés, les  professionnels de santé, qu’ils soient médecins généralistes, pharmaciens, IDEL, biologistes etc…  sont les seuls à pouvoir apporter des garanties de qualité et de sécurité des soins et de la prise en charge des patients.

Il leur faut donc prendre à bras le corps les besoins de la population, s’unir (en équipes de soins primaires) et apporter les réponses ad hoc pour chaque population et pour chaque territoire.

Pallier l’érosion de la couverture vaccinale

Les sujets nécessitant la mobilisation de tous les professionnels sont évidemment nombreux mais la vaccination en est sans doute l’un des plus emblématiques. Le constat de l’état de la vaccination en France est plus qu’alarmant. L’enjeu de santé publique est immense. Quelles que soient les maladies (grippe, coqueluche etc.), ou les tranches d’âge (enfants, personnes âgées) ciblées, il y a trop peu de vaccinés. La couverture vaccinale chute au détriment des non-vaccinables. Car, rappelons-le, la vaccination est également une démarche altruiste : se faire vacciner protège certes les vaccinés mais aussi les non-vaccinés.

C’est le prix à payer pour faire reculer les maladies. C’est la raison pour laquelle un effort doit être fait pour développer les vaccinations.

La vaccination : une chance pour tous les professionnels de santé

La vaccination est donc un chantier d’envergure au travers duquel toutes les professions de santé, généralistes, pharmaciens, IDEL, doivent se mobiliser pour augmenter le nombre de vaccinés. C’est pourquoi il est urgent de cesser de se regarder en chiens de faïence comme des concurrents potentiels.

A cet aune, développer des expérimentations de vaccination chez les pharmaciens est une chance pour tous les professionnels de santé.

Ouvrir des espaces d’autonomie pour que les infirmier-e-s vaccinent elles-aussi, est une chance pour toutes les professions de santé.

Mobiliser généralistes, IDEL, pharmaciens, pour répondre aux besoins de la population et augmenter le nombre de personnes vaccinées est une chance pour les professionnels de santé.

C’est en répondant aux besoins de santé de la population que les professions de santé de ville (généralistes, pharmaciens, IDEL, etc.) peuvent se protéger de l’ubérisation galopante et conserver un rôle central dans le monde qui se déconstruit et se reconstruit sous nos yeux.

Association Soins Coordonnés

14 novembre 2016

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