Un nouveau monde de la santé est possible

Depuis 2004, date de la dernière loi de santé publique, le temps s’est accéléré : notre système de Sécurité sociale est exsangue, on recherche désormais 15 milliards d’euros d’économies, les inégalités de santé ont explosé, et les professionnels de santé du premier recours, au premier rang desquels les médecins généralistes, ne savent plus où donner de la tête. L’accès aux soins, la réduction des inégalités sociales de santé seront les grandes priorités de la loi, et les usagers verront leur place dans le système de soins renforcée. C’est bien heureux.

 

Notre système de santé a avant tout besoin de mesures concrètes qui favorisent la mise en oeuvre d’organisations simplifiées au maximum dans trois directions essentielles. Sortir du cadre habituel d’une prise en charge unique du patient en établissements, structures, réseaux est un préalable : les 350 000 professionnels de santé de premier recours formés et accompagnés sont les seuls en capacité de répondre à l’immense défi de la préservation du capital santé, de la prise en charge des maladies chroniques, de la prévention et de la prise en charge de l’entrée en dépendance.

 

Il importe donc en premier lieu de prévoir en ville pour les professionnels du premier recours un temps de coordination dédié. Celui-ci permettra de garantir un meilleur usage des soins de qualité, prévenant les hospitalisations évitables, la non-observance et la mauvaise utilisation des produits de santé.

 

Permettre la prise en charge des patients en ville, favoriser un parcours de santé fluide et lutter contre les inégalités sociales de santé nécessitent ensuite de pouvoir compter sur des outils de communication fiables. L’hypocrisie du DMP doit prendre fin. Protéger les données de santé des individus est possible sans en passer par Fort Knox. Les professionnels de santé du premier recours doivent pouvoir, pour la première fois, communiquer simplement et rapidement entre eux. Partant de là, de nouvelles prises en charge sont possibles pour agir, pour la première fois, sur le capital santé des individus : mener des actions de prévention et de dépistage dans les domaines les plus larges (la proposition de dépistage systématique des hépatites vient à point nommé). Les patients deviennent de vrais acteurs de leur prise en charge en même temps que les premières personnes ressources.

 

Un nouveau monde est possible si tant est qu’on fasse confiance aux professionnels de santé du premier recours, aux médecins généralistes, véritables régulateurs du système, au DPC, outil de modernisation et d’amélioration des pratiques, et aux actions de groupe. Les économies sont dès lors à portée de main. Les multiples mesures ineptes (nouveaux déremboursements, fast tracks aux urgences) ont trouvé leurs limites et n’ont de cesse de fragiliser le système dans son ensemble.

 

Une filière universitaire de premier recours, un développement professionnel continu renforcé, des outils simples, une politique de revenus cohérente sont autant de mesures nécessaires et qui devront voir le jour, au-delà de la complexité d’une loi de santé, qui semble avant tout chercher à contenter tout le monde.