#L’InterviewTerrain

Trouble DYS : Mieux se former pour mieux accompagner

Cette semaine, nous interviewons Nahéma Abba, responsable de la formation pour SOCOFORM.

Bonjour Nahéma,

Vous êtes responsable de la formation chez Socoform, et proposez notamment des formations à la détection et à la prise en charge des troubles dys d’apprentissage à destination des orthoptistes. Pourquoi avoir focalisé votre formation sur les orthoptistes?

Avant toute chose rappelons ce que sont les troubles « dys ».

Ces troubles cognitifs  d’origine neurobiologique n’impliquent pas de déficience intellectuelle globale. Ils peuvent s’appliquer au calcul (la dyscalculie), à la lecture (la dyslexie), au langage (la dysphasie ), au temps (la dyschronie), au dessin(dysgraphie), à l’apprentissage de l’orthographe (dysorthographie) ou encore aux gestes (dysorthographie).  

Il est d’ailleurs fréquent qu’un enfant souffre simultanément de plusieurs troubles de la famille « dys ».

L’orthoptiste est fréquemment confronté.e à des enfants présentant des troubles “dys” ; il est nécessaire pour lui de les connaître et et les comprendre, afin d’étayer ou non les hypothèses et/ou diagnostics posés par les autres intervenants auprès de l’enfant et d’adapter ses propres prises en charge.

En outre, l’orthoptiste, grâce notamment au bilan orthoptique, va apporter d’autres éléments de réponse, sur les dysfonctionnements, les déficits et/ ou les incapacités visuelles, en lien avec la ou les plaintes recensées, mais également des propositions de rééducation, d’adaptation et/ou de réadaptation, adaptées à l’enfant concerné.

Que pensez-vous de la gestion des troubles DYS en France ?

En France, près de 8% des enfants scolarisés présentent des troubles « dys ». Les équipes éducatives souffrent d’un manque de connaissances et de formation ce qui a pour conséquence une détection ou un diagnostic tardif.

Depuis 2018 les troubles « dys » constituent une priorité de santé publique pour la HAS  qui recommande de développer la formation des professionnels (soignants comme enseignants) aux troubles « dys ». La HAS a également publié un guide « parcours de santé » à destination des ARS qui doit permettre à l’ensemble des parties prenantes dans le parcours des troubles « dys » de mieux s’y retrouver : familles, soignants et enseignants. 

Les choses évoluent doucement mais il reste beaucoup à faire notamment en terme de prise en charge qui reste inégale sur le territoire selon la CNNSE (Commission de la Naissance et de la santé de l’enfant) 

Où en est-on de la prise en charge pluriprofessionnelle des troubles DYS en France ?

La coordination des professionnels de santé dans la prise en charge des enfants présentant des troubles « dys » est encore insuffisante d’autant que les familles sont souvent confrontées à des avis divergents.

Pour pallier les errances dans la prise en charge, la Haute autorité de santé a présenté le 31 janvier derniers ses préconisations en terme de parcours de soin, inspiré des retours d’expériences du territoire.

Aujourd’hui, en théorie, en cas de troubles avérés cette prise en charge est organisée sous la forme d’un parcours de soins coordonné et gradué avec 3 niveaux de recours aux soins selon le degré de complexité de la situation de l’enfant.

Dans les faits, nous en sommes encore loin.