Trois questions à … Albin DUMAS

Albin Dumas est président de l’Association des Pharmacies Rurales (APR). Cette association est née en 1953 avec pour vocation de défendre l’exercice de la pharmacie en milieu rural, en France. Pour mieux connaître cette association et son rôle majeur dans l’organisation du système de santé français, l’Association Soins Coordonnés a posé trois questions à Albin DUMAS.

  

1 – Vous êtes président de l’Association des Pharmacies rurales, pouvez-vous nous présenter votre association et ses ambitions ?

 

L’APR est une association loi 1901 dont les statuts fixent pour but  « l’étude des questions scientifiques, sociales et professionnelles concernant l’exercice de la pharmacie en milieu rural et la réalisation des objectifs résultant de cette étude».

Nous souhaitons mettre en lumière les aspects valorisants de l’exercice en milieu rural, en particulier la situation de premier recours, la bonne relation clientèle, la variété des services demandés dans le maintien à domicile, les accessoires médicaux, le conseil.

Notre ambition est d’entretenir un débat fructueux sur toutes les questions relatives à notre exercice, tant auprès des pharmaciens eux-mêmes qu’auprès de tous les interlocuteurs intéressés par l’évolution de notre métier, les conditions de son exercice, sa place dans le système de santé. Les questions relatives aux soins coordonnés s’inscrivent donc naturellement dans nos préoccupations.

Notre activité régulière comprend notamment :

  • La diffusion d’une revue d’information professionnelle (Pharmacie Rurale) couvrant tous les sujets intéressant l’exercice officinal, auprès de nos membres, dans l’industrie et l’administration.
  • L’entretien d’un dialogue suivi avec nos confrères des syndicats au sein de commissions formalisées se réunissant plusieurs fois par an.
  • La production de données relatives aux officines rurales (enquêtes annuelles sociales et économiques)
  • La co-organisation du Congrès des Pharmaciens, plus grand évènement annuel pour les titulaires d’officines en France.
  • La participation à différentes organisations professionnelles thématiques comme Cyclamed (élimination des MNU) ou le Cespharm (commission de prévention santé du conseil de l’Ordre).

 

Par ailleurs, nous proposons à la nomination par l’administration un représentant des pharmaciens dans les commissions régionales de la pharmacie vétérinaire (CRPV).

Nous sommes régulièrement consultés et auditionnés dans les enquêtes préalables aux rapports officiels sur la profession (Igas, Dgos, etc.).

Nous orientons particulièrement nos efforts de communication vers les administrations chargées de la régulation de notre activité, vers les élus, vers les étudiants.

Nous souhaitons développer notre action en faveur des coopérations  interprofessionnelles.

 

2 – A quelles problématiques et/ou difficultés spécifiques les pharmaciens ruraux doivent-ils faire face ?

 

L’espace rural prend des figures diverses sur le territoire national, néanmoins certaines problématiques reviennent partout :

  • la désertification médicale,
  • comment céder son officine,
  • la fuite de l’activité des centres villes vers les centres commerciaux,
  • l’irruption de l’internet.

 

La déprise médicale (euphémisme pour « désertification médicale ») est plus sensible en milieu rural et pénalise plus les officines rurales car le petit nombre initial de prescripteurs environnants tombe facilement à zéro.

Aujourd’hui l’orientation vers  l’exercice officinal fait l’objet d’une désaffection de la part des étudiants en pharmacie. C’est pourquoi nous militons pour la création d’un D.U. d’exercice officinal.  De plus, la mobilité toujours plus grande des jeunes actifs réduit le nombre de candidats à la reprise d’une officine rurale. La décision de s’installer en rural a des implications fortes pour le conjoint, notamment du point de vue professionnel.

Toutefois, les facteurs objectifs de handicap pour l’officine rurale (déprise médicale, isolement, évolution de la clientèle…) sont aujourd’hui excessivement mis en avant. Ils entrainent une dévalorisation exagérée de l’officine rurale conduisant, par non reprise après départ en retraite du titulaire,  à des fermetures d’officines viables. Des officines qui étaient parfois l’unique établissement de santé de la commune.

Notre association combat donc les caricatures négatives de l’exercice en milieu rural en démontrant que les conditions de la réussite économique sont faciles à apprécier et durables en milieu rural.

Il faut noter que l’acte professionnel principal du pharmacien rural est la délivrance de médicaments ordonnancés à une population âgée de malades chroniques (presque 80% des achats de l’officine concernent le médicament remboursable). Or, c’est sur les classes de médicaments destinées aux chroniques que la politique de réduction des coûts de santé s’est acharnée ces dernières années avec le plus de sévérité. La dégradation infligée à l’économie de l’officine rurale risque de mettre en péril notre répartition sur le territoire.

 

Par ailleurs l’isolement est une difficulté propre à l’exercice en milieu rural. Dans son exercice le pharmacien rural doit davantage intégrer les critères de stock de sécurité du fait d’un approvisionnement plus distant et de l’absence de recours dans son environnement proche. La participation à la permanence des soins est fréquente en milieu rural et peut engendrer une réticence à y exercer.

Le remplacement du personnel ou du titulaire pour congés annuels est également plus difficile à résoudre en milieu rural qu’en ville, et pour offrir un emploi permanent, il est difficile d’intéresser un pharmacien adjoint pour un mi-temps. Or les officines rurales sont en moyennes plus petites et donc moins à même d’assumer la charge d’un temps plein de pharmacien adjoint.

 

3 – Comment envisagez-vous l’évolution du métier des pharmaciens ruraux ?

 

Notre volonté est de maintenir un cadre d’exercice permettant au pharmacien d’officine par sa compétence et sa proximité de jouer un rôle plus efficace dans l’accompagnement du patient.

Cela implique pour le pharmacien d’être mieux intégré à l’équipe des soignants de premier recours et de disposer d’une meilleure communication avec les hôpitaux et le second recours. Nous militons pour une simplification des SISA afin de mieux y intégrer les pharmaciens d’un territoire ; pour une action de l’administration en faveur d’une  répartition territoriale décentralisée de l’équipe de soins et de la maison de santé ; pour le développement du dossier médical informatique partagé entre les acteurs de soins.

Dans la perspective de mieux participer à l’accompagnement du patient il nous faut aussi :

  • Maintenir pour les médicaments une chaîne logistique sécurisée et performante, permettant d’assurer aux patients une réelle égalité de prise en charge pharmaceutique sur tout le territoire.
  • Mieux nous former à notre rôle de porte d’entrée du parcours de soins.
  • Améliorer la formation initiale et continue du pharmacien pour accomplir les actes protocolisés tels que les vaccinations, de façon à améliorer la couverture de la population, en particulier dans la fraction de la population non médicalisée.
  •  Pouvoir renouveler les traitements tels que ceux de l’hypertension ou du diabète afin d’économiser le temps médical.
  • Augmenter la participation du pharmacien à la lutte contre les fléaux sociaux, tels que le tabagisme, en permettant une autonomie de prescription.
  • Professionnaliser notre fonction d’éducateur sanitaire.
  • Nous positionner comme auxiliaire de la télémédecine.

 

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