Pour garantir l’accès aux soins, appliquons leur gradation

Droit constitutionnel, précisé en lois, l’accès aux soins de tous n’est pourtant garanti que pour une partie des français. Difficultés voire impossibilité d’accéder à une prise en charge médicale – qu’on appelle cela déserts médicaux ou non –  inégalités sociales de santé, renoncement aux soins… l’accès aux soins que chaque Français finance avec son travail et ses impôts/prélèvements est malheureusement de moins en moins universel.

 

1.Une dichotomie entre des besoins de santé croissants et une réponse limitée

Aujourd’hui l’accès aux soins est une notion définie par la corrélation entre besoin de santé ressenti par le patientje n’en peux plus…, j’ai trop mal…, cela ne peut plus durer.., et pour lequel le patient attend une réponse immédiate au nom de son droit constitutionnel- et par l’offre de soins – disponibilité d’un professionnel, d’un examen, d’un établissement.

Dans ce contexte, plus le délai d’attente ou de rendez-vous est long et/ou plus l’accès à une technique est difficile, plus l’accès aux soins des patients est altéré.

Alors que l’accès aux soins subit un réel recul – notons que 12 millions de personnes sont concernées-, les responsables politiques, Ministère, Assurance-maladie, agences, élus se retrouvent face à une contradiction ingérable: à l’attente irrépressible des malades, ils ne peuvent répondre que par la promesse de moyens nouveaux et décuplés. Ces « moyens nouveaux » que n’avons pas, alors même que nous sommes le pays du monde qui consacre le plus d’argent à la santé (premier pour les dépenses hospitalières) et qui a pourtant le plus grand nombre de médecins d’Europe. Apparaît dès lors le paradoxe de cette situation où les médecins sont nombreux mais ne se trouvent pas là où il y a un besoin.

La décision de doubler le nombre de maisons de santé illustre cette impasse : l’implacable progression des déserts médicaux se voit opposer une mesure immobilière qui ne peut en toute logique aucunement impacter la réponse aux besoins de santé (voir notre communiqué )

Pourtant, nos concitoyens financent l’intégralité du système de santé. Ils ne peuvent comprendre qu’ils ne puissent pas bénéficier des soins qu’ils ont prépayés lorsqu’ils en ont besoin, et sont en attente d’une réponse effective.

Pour apporter une réponse positive à leur besoin de santé, il n’est d’autre possibilité que de repartir de celui-ci et de l’évaluer au travers de la grille de la gradation des soins.

2. Faire vivre la gradation des soins

Pour pouvoir appliquer cette logique de gradation des soins, il est nécessaire que les soignants assument leurs responsabilités tant populationnelle que territoriale. En partant du principe évident que toutes les douleurs ne nécessitent pas d’être prises en charge dans un environnement de haute technicité et avec un plateau technique brillant, alors que d’autres en ont besoin rapidement. Prétendre l’offrir à tous revient à en priver ceux qui le nécessitent réellement.

Cette responsabilité se porte aussi bien sur les soignants de ville ou de l’hôpital. La désorganisation de la médecine de ville pousse à un déport de l’activité vers les hôpitaux. Et, ouvrir largement les portes des services d’urgences conduit à des prises en charge coûteuses – alors même que huit à neuf malades sur dix qui y aboutissent n’ont pas un état de santé justifiant une telle prise en charge.

L’hypocrisie générale et la facilité conduisent les soignants à répondre sans discernement à toute demande de soin par une multiplication des actes et interventions. Ceci leur est d’autant plus facile qu’ils ont en main un chéquier sans limites et que tout cela augmente leurs revenus. Le grand nombre de professionnels, médecins notamment, et de structures est la première cause de cette spirale ; les attentes des patients font le reste. Multiplier consultations et examens reste moins exigeant qu’agir contre les causes de maladies, comme l’addiction au tabac et à l’alcool, l’obésité et la sédentarité, etc.

A financer des actes inutiles et coûteux – rappelons qu’entre 1/5e et ¼ des examens remboursés ne sont pas utiles-,  nous nous privons, par exemple, des moyens pour prendre en charge la dentition et la vue des personnes âgées alors même que nous savons que la dénutrition et la vision altérée sont les causes principales des chutes, porte d’entrée dans la dépendance des personnes âgées

La gradation des soins permet de donner à chaque malade les soins et interventions dont il a besoin en fonction de son état de santé. Il faut pour cela un esprit de responsabilité des soignants soutenus par une organisation efficiente associant accès aux données de santé et recommandations de pratiques solides et consensuelles.

3. Pour un débat public et une politique stabilisée sur les déserts médicaux

Le débat public doit faire la part belle à cette approche plus juste et moins dispendieuse. Il doit être porté par des politiques courageux et agissant sur le long terme au-delà des clivages partisans. Il doit se faire avec le soutien de la population, qui rappelons-le, prépaye initialement les soins dont chacun d’entre nous a besoin à un moment ou un autre.

C’est ainsi que les moyens considérables –plus de 195 milliards d’euros par an- consacrés à la santé seront mobilisés pour répondre aux besoins urgents.

L’enjeu est majeur : garantir l’accès aux soins est la priorité, réduire les inégalités sociales de santé en même temps que préserver notre modèle social de prise en charge solidaire des soins.

Les déserts médicaux sont un versant des difficultés d’accès aux. Pour lutter efficacement contre cette problématique, il faut une politique publique, cohérente et stable et prolongée jusqu’à l’obtention de résultats. Notre pays a besoin d’une politique qui dirige les moyens disponibles –RH finances équipements- vers les zones en déshérence. Et spécifiquement vers ces zones.

Les professionnels de santé de ces zones doivent être soutenus. Ils doivent trouver un appui auprès des instances publiques et être libéré des complications incessantes ou des vérifications tatillonnes. L’exercice dans les zones difficiles – et singulièrement dans ces zones – doit être facilité. Les professionnels doivent y recevoir des stagiaires et avoir accès à des remplaçants si besoin, bénéficier de plateaux techniques équipés pour prendre en charge les malades en première ligne, pouvoir organiser les coopérations pluriprofessionnelles entre ceux qui restent, coopérations libérées des blocages corporatistes nationaux. L’accès des jeunes professionnels, après leurs stages en zones difficiles, doit être simplifié : mise à disposition de plateaux techniques, possibilité de temps partiel, de coopérations, protection sociale rénovée.

D’autres mesures sont et seront nécessaires pour que nos concitoyens retrouvent l’accès aux soins de qualité et de sécurité auxquels ils ont droit. C’est possible : la lutte contre les déserts médicaux doit devenir une priorité nationale.

Les annonces de Madame la Ministre des derniers jours sont encourageantes. Reste à marquer l’essai.