Tribune – ACI : le dépasser pour reconstruire le tissu des soins primaires

Alors que l’Accord Cadre Interprofessionnel (ACI) fraîchement signé confie l’organisation des coopérations pluriprofessionnelles aux maisons de santé, Soins Coordonnés rappelle que les autres formes d’organisation de la pluriprofessionnalité s’en trouvent exclues et appelle le gouvernement à venir à ne pas publier le texte en l’état.

 

1/3 – L’accord signé spolie les professionnels souhaitant construire une autre organisation de la pluriprofessionnalité

 

L’ACI (Accord cadre interprofessionnel) fraîchement signé confie l’organisation des coopérations pluriprofessionnelles aux maisons de santé labellisées par l’ARS ainsi qu’aux centres de santé.
Cet accord favorise donc environ 10%  des professionnels de santé de ville au détriment des autres, les fonds n’étant pas extensibles.
Ainsi, pour bénéficier des moyens financiers de l’ACI, les professionnels de santé de ville doivent non seulement s’engager dans un projet immobilier et faire valider leur mode de fonctionnement et projet par l’ARS. Nous voilà bien loin d’apporter des réponses en matière d’accès aux soins aux malades et de qualité des prises en charge.
Réserver l’accord aux promoteurs immobiliers et aux spécialistes du langage administratif empêche le développement des coopérations pluriprofessionnelles dont notre pays a besoin. Ainsi, seuls ceux qui se sont partagé l’apport financier des NMR*, puis du règlement arbitral pourront s’engager dans cette voie.

2/3 – Les MSP actuelles détournent le financement des coopérations pluridisciplinaires

L’extrême complexité du dispositif et la marge d’appréciation laissée à l’administration limitent l’arrivée de nouveaux acteurs et protège les bénéficiaires les plus anciens.
Outre sa complexité, le dispositif ACI crée des charges nouvelles. Les coordonnateurs sont en effet très efficaces le plus souvent mais ils représentent aussi une charge supplémentaire. Le dispositif pourrait être résumé ainsi : des contraintes qui apportent un financement qui permet de rémunérer un coordinateur administratif qui s’acquittera des contraintes administratives permettant de débloquer les paiements.
Avant de faire du développement des MSP l’essentiel d’une politique en santé il importe de lire dans le détail cet accord pour notamment prendre la mesure de sa complexité .
Le vrai sujet pour la population demeure la préservation de l’accès aux soins sur tout le territoire et donc la lutte contre les déserts médicaux.

3/3 – Notre pays a besoin d’un développement sans précédent de nouvelles formes de coopérations pluriprofessionnelles

Soins coordonnés interpelle le gouvernement à venir pour que cet accord qui spolie la plus grande part des professionnels de santé et freine le développement des coopérations ne soit pas validé et publié au Journal Officiel en l’état.

+ Les priorités de santé publique doivent être définies

Restaurer l’accès aux soins et faire reculer les déserts médicaux doivent devenir les priorités de la politique de santé de notre pays : une politique novatrice et élective en direction des professionnels des déserts médicaux est nécessaire.
Garantir la qualité et la sécurité des soins, mettre un terme aux ruptures de parcours de soins et donner à l’innovation organisationnelle, fonctionnelle et technique toutes ses chances sont autant de chantiers qui pourront enfin s’ouvrir dès lors que les deux priorités seront effectivement choisies.

+ L’avenir de la médecine ambulatoire réside dans la pluriprofessionnalité

Le développement des coopérations pluriprofessionnelles est la voie majeure d’avenir des prises en charges des malades chroniques et des personnes âgées.
Cette nouvelle organisation est nécessaire tant pour soutenir les professionnels de santé en activité que pour garantir la qualité et la sécurité des soins et donner envie aux jeunes professionnels de s’engager dans les soins primaires et singulièrement dans les zones où les malades ont le plus besoin de soins de proximité.
Gardons à l’esprit que beaucoup de nos professionnels de santé sont aujourd’hui en situation d’épuisement professionnel, parfois isolés, souvent trop peu nombreux.
Pour Soins coordonnés, l’accord ACI tel qu’il a été signé détourne la rémunération de la pluriprofessionalité vers le financement des maisons de santé quand il est plus que jamais nécessaire d’ouvrir largement aux professionnels de santé volontaires la possibilité de travailler en équipe de soins primaires sur tout le territoire national.

+ Donnons aux professionnels les clés pour organiser entre eux les coopérations

A partir d’un cahier des charges simple qui vise l’amélioration de l’accès aux soins et la limitation de l’hétérogénéité des pratiques, les professionnels de santé volontaires doivent pouvoir organiser entre eux les coopérations pluriprofessionnelles.
Une rémunération forfaitaire doit financer le travail fourni par les professionnels de santé du soin primaire – biologistes, généralistes, infirmières, masseurs-kinésithérapeutes, pharmaciens, orthophonistes, orthoptistes, pédicures-podologues, sages-femmes avant tout.
Les volontaires, en plus de cette rémunération forfaitaire, pourront recevoir des moyens pour communiquer entre eux – les outils simples, sécurisés et peu coûteux ne manquent pas –  et la mise à disposition d’une informatique adaptée.
La réattribution des moyens financiers attribués à l’ACI – ou d’une partie, permettra de financer un développement de grande envergure des coopérations entre professionnels et une amélioration de l’accès aux soins et de leur qualité.

 

Pour Soins coordonnés, les déserts médicaux méritent mieux qu’un accord limitatif qui enferme plus qu’il ne dessine de nouvelles possibilités de développer des prises en charge coordonnées.

 

*NMR: nouveaux modes de rémunération

 

Association Soins Coordonnés,

5 mai 2017

Imprimer cet article Imprimer cet article     Partager avec un ami