Stratégie de transformation du système de santé : le calme plat

Le président de la République présente ce qui doit apporter des réponses aux problématiques de déserts médicaux, saturation des urgences, malades chroniques et personnes âgées non pris en charge comme il se doit.

La mauvaise répartition des médecins généralistes sur le territoire et son corollaire, la progression constante des déserts médicaux, au sein des médecins généralistes, la diminution constante de ceux qui se consacrent aux soins primaires face aux exercices particuliers (homéopathie, ostéopathie,…), la moindre disponibilité des médecins généralistes qui basculent sur rendez-vous sont autant d’éléments qui relèvent du choix de chacun et de l’utilisation des opportunités du système de santé et qui laissent les patients dans une situations intenable : rechercher un médecin introuvable, se débrouiller seul ou se rendre aux urgences.

La dernière possibilité, la plus couramment choisie, conduit à l’explosion du recours aux urgences hospitalières qui n’est donc que la conséquence visible de la désorganisation du système et du désengagement progressif des médecins généralistes dans la réponse aux soins primaires.

Les médecins généralistes ne sont pas tous concernés par cette évolution et beaucoup pratiquent leur métier avec passion et une disponibilité sans faille pour les malades ; il n’en reste pas moins que lorsque la moitié lève le pied, l’accès aux soins se grippe.

Le cœur d’une réforme de la santé, outre la pertinence des soins, la promotion du juste soin et sa gradation, doit être de permettre à toute la population d’obtenir une réponse à ses demandes de soins.

A priori, trois axes se dégagent de la Stratégie de transformation du système de santé (#STSS) autour du temps médical à prioriser, de l’orientation du patient et de la pertinence des soins.

Plusieurs mesures phares parmi les 54 annoncées :

–      La fin du numerus clausus (notre avis sur le sujet se trouve ici dans le détail : Tribune) : très bien mais comment penser qu’ouvrir les vannes permettra de répondre aux besoins de santé des malades là et quand ils en ont besoin (c’est-à-dire notamment dans les déserts médicaux)

–      Les CPTS (communautés professionnelles territoriales de santé) vont devenir la norme : une bonne nouvelle (la pluriprofessionnalité est toujours une bonne nouvelle) sous réserve que les missions et objectifs qui leur seront fixées le soient en fonction des besoins des territoires, à partir d’une analyse du terrain, et que les contractants soient les professionnels de santé eux-mêmes, avec les collectivités et l’ensemble des parties prenantes locales ;

–      4000 assistants médicaux pour seconder les médecins et libérer du temps médical. Ces nouveaux professionnels, qui seront donc opérationnelles au mieux dans 2 ou 3 ans,  vont donc se charger des menues besognes administratives (une simplification administrative et la transformation numérique peut aussi répondre à cette problématique) ainsi que des prises de constantes classiques en pré-consultation. Des futurs coordonnateurs, en lieu et place des professionnels de santé, et notamment des infirmières, dont la consultation infirmière (cf. notre tribune d’hier), disponible et accessible immédiatement répond pourtant, au moins aussi bien, aux besoins de « pré-consultation » médicale.

–      400 médecins salariés dans des établissements de proximité pour répondre par ailleurs aux besoins urgents non programmés : pour rappel, aujourd’hui 19 000 postes de médecins salariés sont non pourvus à l’hôpital…

Heureusement que le titre de cette réforme – cruciale – « Ma Santé 2022 » – nous rappelle aux besoins des patients. Car l’essentiel demeure pour eux de trouver une réponse à une demande de soins.

Le recours aux urgences hospitalières est pour l’essentiel un déport de l’activité qui devrait être prise en charge par la santé de ville vers l’hôpital. Ce déport est insatisfaisant pour les malades, coûteux et au détriment de nouveaux traitements à mettre en place. En outre, il déséquilibre l’hôpital et accroît les tensions sur les personnels des hôpitaux.

Répondre au déport actuel des activités de ville vers l’hôpital et notamment les urgences hospitalières est la première étape, nécessaire, d’une réforme de la santé réussie.

L’effort d’organisation à fournir est accessible – et si possible dans le cadre de cette STSS : les passages aux urgences hospitalières, pour l’essentiel aux heures ouvrables des cabinet, en semaine et le jour, représentent un surplus d’un acte par jour par médecin généraliste.

Même si une telle arithmétique a ses limites, ce calcul rapide a l’avantage de montrer l’importance relative de l’effort à fournir pour rééquilibrer les activités de ville et d’hôpital.

Que chaque généraliste accède aux demandes des patients en soins primaires et maintienne un minimum de disponibilité pour ses malades, le service rendu aux malades s’en trouvera amélioré de beaucoup.

Ils peuvent aussi compter sur l’intervention régulée des autres professionnels de santé :

–      Les infirmièr.e.s libérales peuvent être mobilisées en premier recours, par exemple, pour réaliser des consultations infirmières et prendre en charge de nombreuses situations qui aboutissent aujourd’hui aux urgences hospitalières faute de réponse médicale disponible ;

–      les pharmacien.ne.s d’officine sont présents sur tout le territoire et disponibles pour dispenser conseils et premiers soins

–      les sages-femmes peuvent assurer les réponses aux besoins courants en matière de santé des femmes et dispenser conseils et premiers soins

–      les kinésithérapeutes et les biologistes selon les cas également.

Une nouvelle organisation pour orienter les malades se tournant vers les urgences hospitalières par défaut ou pour orienter ceux qui souhaitent une prise en charge permettrait de répartir entre ces professionnels les activités en toute transparence et avec retour d’information vers le médecin traitant, sans surcharger trop les médecins qui se disent débordés.

Conformément aux propositions fondamentales du HCAAM dans son dernier rapport sur le sujet, si l’on veut prendre en compte les besoins des malades et considérer que ce sont eux qui doivent primer dans le système de santé, il est largement possible de repenser une organisation en s’appuyant sur les compétences aujourd’hui disponibles en ville : celles des médecins généralistes volontaires et des professionnels de soins primaires constitués en équipe.

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