Sport santé sur ordonnance : ça fonctionne !

 Cette semaine nous rencontrons le Dr Alexandre Feltz,  médecin généraliste et porteur du projet “Sport Santé Sur Ordonnance” (SSSO), à Strasbourg.

Déployé depuis 2012 par la ville de Strasbourg dans le cadre du CLS (Contrat Local de Santé) et porté par le Dr Alexandre Feltz (adjoint au maire et toujours médecin généraliste en activité) il permet aux malades chroniques d’accéder à une activité physique et sportive encadrée. Ce dispositif, intitulé « Sport Santé Sur Ordonnance » (SSSO), a permis à 2500 patients d’avoir accès à une activité physique et  sportive, permettant une amélioration de leur état de santé (poids, HTA, diabète) et une baisse de la consommation de médicaments, voire, pour certains cas, un arrêt de leur traitement. Le fait que 70 % des bénéficiaires soient en-dessous du seuil de pauvreté et ne savaient pas faire de vélo ou nager avant de se lancer n’est pas le moindre des points positifs de cette action aux retombées sociales et sanitaires sans commune mesure. En effet, une tarification solidaire a été mise en place rapidement offrant, sur 3 ans, d’abord la gratuité puis une tarification adaptée au quotient familial du bénéficiaire.

Une satisfaction supplémentaire et une réussite que nous avons décidé de mettre à l’honneur.

« Sport-Santé sur ordonnance » a fait de Strasbourg la capitale du sport sur ordonnance ; elle a fait des émules puisqu’un réseau de 65 villes françaises se sont engagées dans le réseau sous l’égide de l’OMS. Aujourd’hui, des villes comme Biarritz, Saint-Paul de la Réunion, Douai, Blagnac, Caen, Boulogne-sur-Mer se sont elles aussi engagées dans des dispositifs Sport-Santé communaux .

Nous avons pu échanger avec le Dr Alexandre Feltz  qui nous a présenté le dispositif qu’il a initié en tant que sportif et médecin généraliste convaincu des bienfaits du sport et des modes de déplacements actifs .

L’état de santé ressenti des patients engagés dans le dispositif s’améliore, de même que les tests à l’effort, et élément logique mais souvent peu valorisé, le bien-être ressenti.

Pour ce qui concerne les éléments précis, notamment en matière d’hospitalisations évitées, l’assurance Maladie n’a pas souhaité pour le moment se lancer dans une étude chiffrée des retombées (ni d’ailleurs dans une participation financière à l’action).

Le décret du 30 décembre 2016 (qui précise l’article 144 de la Loi Touraine), est venu poser un cadre potentiellement favorable au développement du sport sur ordonnance, dessinant les fondements du dispositif.

Ce décret n’en a pas moins occasionné une vraie déception chez les professionnels et en particulier chez le Docteur Feltz qui balaie d’un revers de la main l’idée que les médecins généralistes ne seraient « pas prêts » à se lancer dans des actions de ce type. Pour ce qui concerne le décret, celui-ci impose des certifications professionnelles et formations complémentaires aux éducateurs qui n’ont pas de diplôme d’Etat – quand bien même ils travailleraient, comme c’est très souvent le cas, avec des malades depuis longtemps – ce qui induit une démotivation des éducateurs sportifs, cheville ouvrière du dispositif tel que proposé par le décret.

« Le système est organisé, financé [en l’occurrence par les partenaires hors Assurance Maladie], lisible et les médecins traitants sont déchargés des évaluations initiales de la condition physique  tout en restant au centre du dispositif » dit-il. C’est un dispositif gagnant-gagnant pour l’ensemble des parties prenantes, des professionnels de santé aux professionnels du sport en passant par les patients.

Pour eux, les retombées positives sur leur état de santé sont incontestables de même que sur leur état général. Comment expliquer alors que le dispositif ne rencontre pas tout le succès qu’il mérite dans le reste de la France ? Car, quoi qu’on en dise, l’audience demeure faible sur le reste du territoire.

Le fait que les séances ne soient pas prises en charge par la sécurité sociale mais seulement sur certains territoires par le dispositif multi-partenarial en l’occurrence ou ailleurs par l’une ou l’autre mutuelle est un premier frein identifié pour les patients. La nécessité d’une formation (continue) des professionnels de santé dans leur globalité aux enjeux du sport-santé est une première réponse qu’il pourrait être utile de développer. Des formations à l’entretien motivationnel, pourraient aussi être utiles aux professionnels qui peuvent rencontrer des difficultés à recruter les patients eux-mêmes dans le dispositif.

Le Dr Feltz quant à lui souhaite que se déploie enfin la « révolution du sport » : aller au bout des principes dont l’ensemble de la communauté scientifique et des professionnels de santé est convaincue – la pratique d’une activité physique améliore l’état de santé, diminue les risques de récidive de cancer notamment, et la consommation de médicaments.

Il est nécessaire pour cela notamment d’inverser les modalités d’investissement dans le sport. Aujourd’hui, 80% des crédits sont fléchés vers le sport de haut niveau, 15% vers les sports en club et seulement 5% vers le sport santé. Pour cela, il suggère de multiplier les lieux d’évaluation et d’activité physique, notamment les maisons sport santé  permettant d’agir au plus près des patients qui en ont le plus besoin.

La pluriprofessionnalité est une piste à creuser pour que le dispositif ne repose pas sur les seuls médecins prescripteurs mais que l’ensemble des professionnels de santé engagés autour du patient puissent initier puis suivre les progrès et difficultés rencontrés par le patient à toutes les étapes de son cheminement d’activités physiques et sportives.

Demain, beaucoup reste à faire et tout est possible évidemment. Le dispositif relève d’une prévention tertiaire. Des actions en matière de prévention primaire et secondaire doivent être mises en place. La concurrence de la mode de la e-santé et la forte place du numérique sont des outils complémentaires pour gagner la bataille de la lutte contre l’obésité.

Les 3eAssises du Sport Santé sur ordonnance auront lieu à Strasbourg le 14 octobre 2019. Le Dr Feltz et ses équipes auront à cœur de le rappeler avec force et détermination.