Soins coordonnés pose trois questions à …. Laurent MILSTAYN

Trois questions à …. Laurent MILSTAYN
Président du Syndicat National Autonome des Orthoptistes (SNAO)

 

Laurent Milstayn souhaite attirer notre attention sur l’article 42 du PLFSS dont l’objectif est a priori de réduire les délais de rendez-vous des ophtalmologistes et d’accueillir de nouveaux patients en favorisant la mise en place de binômes orthoptiste/médecin ; pour autant, le diable est dans les détails – comme toujours – et le texte de loi ne fait pas apparaître le mot « orthoptiste ». Celui-ci a été remplacé par la profession d’« auxiliaire médical ». Explications de Laurent Milstayn à travers ses trois réponses…

 

1. Vous annoncez une grève des orthoptistes dans les prochains jours. Quelles sont les modalités ?

 

C’est une grande première ! Nous appelons à une journée de fermeture des cabinets libéraux, et une grève pour les salariés prioritairement mais aussi pour tous les modes d’exercice des orthoptistes, y compris les libéraux. Il s’agit pour les orthoptistes de se mobiliser pour signaler leur mécontentement mais surtout pour défendre leurs compétences, et leur métier. Cette grève est un événement important qui a été entendu comme tel par les orthoptistes : salariés des cabinets d’ophtalmologie ou des établissements, libéraux, de nombreux orthoptistes se sont engagés à nos côtés. Tous les orthoptistes mobilisés se retrouveront pour manifester et demandent à être reçus par Monsieur Etienne Champion, directeur de cabinet de la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Par ailleurs, pour ceux qui ne peuvent se déplacer, il est également possible de soutenir l’action engagée en signant notre pétition disponible en ligne ! Nous comptons sur vous !

 

2. Concrètement, que reprochez-vous au texte du projet de loi de finances de la sécurité sociale pour 2016 ?

 

L’article 42 du PLFSS 2016 s’éloigne de ses objectifs initiaux qui étaient de créer un binôme entre l’ophtalmologiste et l’orthoptiste au bénéfice des patients pour que davantage de patients puissent être pris en charge, qu’ils soient mieux pris en charge et que les délais de prise en charge puissent être réduits. Or, la rédaction du texte de loi ne va pas dans ce sens. Elle stipule qu’ « un contrat de coopération pour les soins visuels peut être conclu avec les médecins conventionnés spécialisés en ophtalmologie, en vue d’inciter le praticien à recruter ou à former un auxiliaire médical.[1] ». Or la catégorie auxiliaire médical décrites au Livre III de la 4ème partie du code de la santé publique recouvre vingt professions parmi lesquelles notamment les infirmiers, techniciens de laboratoires, opticiens, orthoptistes, etc. ce qui ouvre la voie à toutes les pratiques y compris les moins adaptées aux besoins des patients. De fait, l’article stipule que les ophtalmologues seront rémunérés pour embaucher un auxiliaire médical ou le former alors que la réalisation de pré-consultations fait partie intégrante des missions de l’orthoptiste.
En outre, dans la perspective de santé publique d’améliorer la qualité et les délais de prise en charge, il manque un aspect essentiel que nous proposons de rajouter par ailleurs : que les orthoptistes libéraux puissent faire des renouvellements de lunettes.

 

3. Quelles sont vos attentes et vos propositions au-delà de ce texte de loi ?

 

Nous nous mobilisons aussi pour trois changements majeurs ;

– l’inscription à la Nomenclature de l’ensemble des compétences des orthoptistes car une partie de ces compétences est aujourd’hui oubliée. Ainsi seront valorisées nos compétences ;

– la possibilité de suivre directement dans notre champ de compétences un certain nombre de malades par exemple les malades chroniques stabilisés ou le suivi des lunettes ;

– la coordination des professionnels de santé afin que les patients ne soient plus contraints de repasser systématiquement par la case « médecin ». Les objectifs partagés par l’ensemble des professionnels de santé facilitent la mobilisation de chacun des soignants. Ainsi, un enfant avec des troubles de l’apprentissage de la lecture sera plus facilement pris en charge en tant que de besoin par l’orthoptiste, l’orthophoniste, le podologue, etc. De même, pour prévenir l’entrée dans la dépendance et les troubles de l’équilibre ou encore les patients diabétiques, ces malades ont tout intérêt à bénéficier d’une prise en charge la plus adaptée y compris avec ‘intervention des orthoptistes.

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[1] Art. L. 162-12-21– I

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