Pourquoi une grève pendant les vacances?

Après l’UNAPL, mobilisée le 30 septembre dernier pour défendre les professions réglementées, les organisations de médecins, sans les notaires, se lancent dans la grève pendant les fêtes de fin d’année.

 

A la lecture des médias, il s’agit d’une grève contre le tiers payant généralisé et la loi santé.

 

C’est du moins ce qui traverse les revendications multiples et disparates de ce mouvement, chaque organisation syndicale ajoutant sa pierre au mur de la contestation.

 

En cette période sociale difficile, l’exaspération est générale : l’ensemble des soignants, au premier rang desquels les médecins généralistes, sont touchés. Alors qu’ils sont en première ligne face aux difficultés sociales et à la progression des inégalités de santé, les médecins généralistes sont dévalorisés, contournés, méprisés. Dépourvus des moyens pour travailler, ils voient leur rôle de médecin traitant grignoté de toute part.
Pourtant, profiter de leur exaspération pour les faire participer à la grève de tout le secteur santé est une imposture.

 

Imposture qui conduit toutes les organisations à crier ensemble, « non à la loi santé, non au tiers payant généralisé », et incidemment « oui aux dépassements de tarifs ». Car cette grève ne revendique pas une nouvelle organisation des soins au service des malades et centrée sur le médecin généraliste.

 

Logiquement, les médecins des hôpitaux, urgentistes en tête, en lobby bien organisé, se joignent au mouvement ; ils sont certains d’obtenir quelque chose à l’occasion de ce mouvement.

 

Par-delà de ces constats, une question se pose : pourquoi cette grève pendant les vacances ?

 

Alors que la période des fêtes de fin d’année voit baisser l’activité de soins et la plus grande partie des médecins libéraux et hospitaliers prendre des congés, annoncer une grève est une entourloupe qui permet de décompter les vacanciers comme grévistes.

 

Comme si l’appétence des uns et des autres pour les repas de famille de fin d’année devait masquer le peu d’attirance envers les syndicats de médecins libéraux. Cela ferait sourire s’il ne s’agissait des soins donnés à la population. Que ces syndicats relancent un grand mouvement unitaire un jour de travail « plein » leur redonnerait la crédibilité perdue en ces fêtes de fin d’année.

 

Cerise sur le gâteau, les ARS fortes du constat de l’absence revendiquée des médecins généralistes organisent la continuité des soins à partir des régulations juridiquement réservés aux appels de nuit et de week-end. Les patients seront orientés vers les cabinets déclarés ouverts : encore un précédent qui nous place sous l’autorité des ARS.

 

Contre quoi se mobilisent les syndicats de médecins libéraux ?

 

Le tiers payant permet une amélioration de l’accès aux soins en recul dans notre pays en dispensant les malades d’avancer le prix des actes.
La majorité des médecins libéraux serait contre le tiers payant. Ce doit être vrai puisque ce sont les syndicats qui le disent…

 

Pourtant la même majorité des médecins pratiquent le tiers payant. L’essentiel des actes chers des médecins spécialistes est aujourd’hui effectué en tiers payant. Sans cela nous n’aurions pas un nombre d’actes spécialisés beaucoup plus élevé dans notre pays que dans les pays voisins. Le mouvement en cours refuse que le tiers payant soit un droit du malade et surtout que le tiers payant soit généralisé chez les médecins généralistes parce qu’il s’agirait d’un geste fort pour indiquer que l’entrée en soins passe par le médecin généraliste qui organise l’intervention des autres soignants.

 

Les médecins généralistes au plus près des difficultés de la population sont favorables au tiers payant : ils veulent juste, légitimement, que leur travail soit payé, sans difficultés supplémentaires. La simplicité d’utilisation de la carte bancaire prouve que c’est possible si les autorités le veulent.

 

Se mobiliser contre une loi à venir est étonnant de la part d’organisations professionnelles qui viennent d’accepter et de soutenir la mise sous entente préalable des ordonnances des médecins généralistes. Pour prescrire deux médicaments aujourd’hui, demain cent ou plus, les médecins généralistes doivent demander l’autorisation du médecin de la sécurité sociale en fournissant les renseignements du malade. C’est une mise en cause de l’indépendance des médecins d’une violence inouïe.

 

Beaucoup de prétextes et de faux-semblants dans ce mouvement de fin d’année, alors même que
• l’accès aux soins recule et les inégalités de santé progressent,
• que notre sécurité sociale est championne du monde des dépenses remboursées
• que les soignants français sont les plus nombreux d’Europe et parmi les plus compétents.

 

La cause de tout cela est connue : la désorganisation de notre système de santé où le malade attend à son détriment devant les multiples portes d’entrée des soins.

 

Tout le monde sait que la solution tient en quelques mesures : entrée en soin par le médecin généraliste, tiers payant chez le médecin généraliste par ailleurs revalorisé, organisation des parcours de santé à partir de guidelines consensuels qui font la part belle à une vraie gradation des soins par exemple.

 

De multiples lobbies en seraient heurtés ; tous en action pour défendre leurs intérêts catégoriels.

 

Les pouvoirs publics peuvent le défendre pour peu que les médecins généralistes et les autres soignants de ville assument leurs responsabilités et jouent pleinement leurs rôles dans la continuité des soins et la coordination de leurs interventions.

 

Martial OLIVIER-KOEHRET