Pour une consultation infirmière maintenant

Il est urgent de reconnaitre l’énorme travail des infirmières aujourd’hui indispensable au système de santé de ville et singulièrement aux prises en charge des malades à domicile.

Non seulement les infirmières pallient les défauts de prises en charge des médecins libéraux mais elles assurent la continuité des soins et la prise en charge des patients à domicile, deux champs désertés aujourd’hui par la médecine de ville. A l’heure où les EHPAD traversent une crise majeure, rappelons que plus de huit personnes âgées sur dix sont prises en charge à domicile.

Acteurs essentiels des soins à domicile, elles sont souvent seules dans la prise en charge. Disponibles et présentes, elles connaissent les besoins des malades et les actions à entreprendre pour les malades. Le suivi des malades et la constante attention sont partie intégrante de leurs compétences. Notre système de santé enfermé dans ses carcans corporatistes doit s’adapter et s’ouvrir au rôle d’acteur de santé des infirmières libérales.

S’il était besoin de le justifier, les interventions des IDEL doivent donc être facilitées et organisées. A l’hôpital, les infirmières ont vu leurs interventions évoluer et être reconnues avec une plus grande autonomie. En ville on entend des voix syndicales vouloir confiner leurs interventions aux piqûres et aux toilettes.

Pourtant, la question centrale de ces problématiques demeure de définir de quoi notre pays et les malades ont besoin. A domicile et plus encore dans les zones désertées par les médecins, il faut ouvrir, sans délai, des espaces d’autonomies de décisions aux infirmières libérales vis à vis des médecins.

Alors que l’accès aux soins n’est plus garanti sur l’ensemble de notre territoire et pour tous les malades, se priver des compétences des infirmières libérales présentes partout serait une erreur voire une faute. Faute aggravée par l’entêtement à empêcher les infirmières libérales d’agir lorsqu’elles constatent une altération de santé, une inadaptation de traitement ou un risque pour les malades. Le dogme qui veut que le malade, même en danger, attende qu’un médecin soit ou se rende disponible est devenu une hérésie au XXIe siècle. De par leurs compétences, les infirmières libérales savent ce qui doit être fait pour le malade mais doivent attendre et respecter la prescription y compris si celle-ci n’est pas la plus utile au malade.

Notre système de santé et les malades attendent sans délais une « consultation infirmière » pour garantir la qualité et la sécurité des soins notamment à domicile pour les personnes âgées.

Comme d’habitude, malheureusement, quand notre système de santé a un besoin urgent on lui répond par l’inaction. Des discussions sont engagées dont on peut parier sans risque qu’elles accoucheront d’une souris, comme depuis plusieurs décennies.

Pour être bien certain que les négociations conventionnelles ne changent rien à la hiérarchie actuelle et au rôle tout puissant des médecins est arrivé l’écran de fumée des « infirmières pratiques avancées ».

Ecran de fumée masquant le besoin urgent d’une reconnaissance de l’énorme travail des infirmières aujourd’hui maillon fort de notre système de santé de ville et singulièrement aux prises en charge des malades à domicile.

Nul ne peut remettre en question l’opportunité de ce nouveau concept. Pourtant, créer un nouveau métier, créer des cursus de formation, réserver ce qui doit être la pratique de toutes à quelques-unes semble sinon inatteignable, du moins particulièrement lointain quand les besoins sont immédiats.

L’intérêt des malades doit devenir la boussole du système de santé : chacun sait le travail déterminant des infirmières libérales, leurs compétences et le recul de l’accès aux soins ; repousser encore l’autonomisation des IDEL signerait la volonté politique de satisfaire quelques-uns contre l’intérêt général et les besoins des malades.

Sans délais il faut valoriser le travail quotidien des infirmières libérales, reconnaître leur rôle d’acteur de santé et ouvrir une véritable « consultation infirmière » pour les soins à domicile des personnes âgées pour commencer.

 

Association Soins Coordonnés

26 mars 2018

2 réponses
  1. LAUGERY NATHALIE
    LAUGERY NATHALIE says:

    Tout à fait d’accord! Mais les IPA ne sont pas incompatibles avec cette valorisation globale désespérément attendue.
    La tarification de l’acte seul (il faut 8 années pour créer 1 acte nouveau!) et la devalorisation
    de la profession étranglée par les aberrations administratives et le tout économique nous font mourir à petit feu.
    Comme pour le numerus clausus des médecins, catastrophique aujourd’hui, le détresse des infirmières ne sera t’elle prise en compte que lorsqu’elles auront massivement renoncé?
    Ne plus soigner ni prendre soin représente un coût inestimable: un gâchis scandaleux et aberrant face à des compétences indispensables.
    Un espoir: la HAS sollicite des dossiers pour innover sur le terrain et créer de nouveaux actes (comme la consultation infirmière ou les soins palliatifs ignorés de notre sacro sainte et rigide nomenclature) mais il faut être porté par les syndicats qui piétinent, ou un Ordre qui met des mois à traiter les demandes d’inscriptions obligatoires, ne peut rien faire pour défendre notre déontologie sur le terrain si l’on ne porte pas plainte, mais prend le temps de proposer un numéro d’appel pour les soignants en détresse!
    Les idées sont bien là: mais innover et avoir de l’audace, créer des solutions, sauver le coeur de notre métier comme nous le faisons quotidiennement nous oblige à étouffer sous un système verrouillé, ou être accusé de fraude si l’on choisit de DÉSOBÉIR pour ne pas être réduit au silence ou au bénévolat.
    Je refuse de me soumettre et de renoncer aux valeurs d’humanité qui portent mon métier de soignant , de sacrifier mon énergie à hurler dans le désert d’une administration sourde, rigide, inerte et suspiscieuse.
    Faut-il devenir coach en santé, conseillère de la fin de vie, consultante en soin, pour prendre le droit d’être autre chose qu’une infirmière dévouée donc transparente?
    La météo d’une société se mesure à sa faculté de prendre en charge les plus vulnérables.
    Négliger la vulnérabilité des malades et la faire reposer sur les soignants déjà épuisés ne peut qu’entraîner une légitime et saine révolte, au nom du droit et de la liberté de soigner.

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  2. MOUREY Thomas
    MOUREY Thomas says:

    Au delà de la pratique infirmière en libérale, la “consultation infirmière” devrait se généralisée auprès de l’ensemble des infirmiers et infirmières souhaitant réaliser ce mode de pratique.
    A l’heure du dessert médical dans les villages ruraux et de l’émergence des médecines alternatives, la vison holistique des problématiques des patients, observées par les infirmières et infirmiers a totalement sa place.
    Associé à une expérience technique, thérapeutique, relationnel et diagnostic, il me semble que la prise en soins infirmière par la “consultation et la possibilité de prescription” représente une réponse adaptée aux besoins en santé de nos sociétés actuelles.

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