#LInterview de l’ANESF

“Mieux former les étudiant.e.s sages-femmes sur les perspectives d’avenir de notre formation”

Rencontre avec Julie KERBART, la nouvelle présidente de l’ANESF

Julie, vous êtes la nouvelle présidente de l’ANESF. Quels sont les objectifs fixés par le nouveau bureau de l’ANESF en particulier pour cette année 2018-2019 ?

Cette année encore, la question du bien-être des étudiant.e.s sages-femmes est au cœur de nos priorités. Nous publierons les résultats de notre enquête Bien-Etre fin octobre. À la suite de cela, il faudra que chaque acteur de notre formation travaille conjointement pour trouver des solutions durables et rapidement efficientes. A ce sujet, il est important de souligner que la question du bien-être est intimement liée à nos conditions d’études : nous défendons depuis longtemps l’intégration universitaire de nos formations, qui serait synonyme de réduction des inégalités qu’entraîne une gestion Région-dépendante, et qui garantirait l’accès à une culture universitaire à laquelle nous aspirons. L’accès à la recherche en maïeutique est l’autre volet indivisible de l’intégration universitaire : des grandes avancées sont prévues, nous nous assurerons qu’elles se concrétisent bien dans les faits.

Nous souhaitons aussi former au mieux les étudiants, afin qu’ils s’emparent des problématiques de nos études, et soient pro-actifs dans les perspectives d’avenir de notre formation, et plus largement du système de santé.

Le nombre de sages-femmes libérales augmente très fortement. Selon vous, en quoi cela pourrait-il être une opportunité pour notre système de santé ?

Il est nécessaire que l’on ait une vision plus globale de la démographie des professionnel.le.s sur le territoire. A l’ANESF, nous essayons de ne pas penser la démographie uniquement sur une dimension numérique, mais plutôt sur l’articulation des professionnels sur le territoire, et leur participation au parcours de soin d’un patient ancré dans un territoire. Nous sommes dans un contexte où le virage ambulatoire de notre système de santé a été clairement assumé dans les annonces du gouvernement au sujet de « Ma santé 2022 ». L’articulation des soins entre la ville et l’hôpital va nécessairement devoir être réorganisée. De plus, ils existent de nombreux territoires qualifiés de peu-denses, avec très peu de professionnels de santé implantés sur le territoire. Enfin, la priorité est mise sur la prévention. Dans tous ces éléments de contexte, la sage-femme a un rôle primordial, et pertinent.

Vous évoquez notamment la notion de « sage-femme référente », qu’entendez-vous par là ?

Avant toute chose, il est important de rappeler que cette proposition est ancrée dans la réalité de la pratique quotidienne, et ne ferait qu’institutionnaliser ce qui existe déjà. L’idée est que les sages-femmes puissent faire leur travail au mieux.

Le principe est simple : à la déclaration de grossesse, la femme enceinte déclare une sage-femme libérale référente qu’elle aura rencontrée au cours d’un entretien individuel au moins une fois au début de la grossesse, lors d’une consultation, du bilan prénatal ou lors de l’entretien prénatal précoce (EPP). Cela rendrait effectif le PRADO anténatal, créant ainsi un contact au préalable de l’accouchement entre la sage-femme qui verra la patiente en post-natal. Les patientes cibles sont notamment celles qui ne sont pas intégrées dans un parcours de soins, mais aussi celles qui ne savent pas qu’elles peuvent être suivie par une sage-femme. Pour les patientes suivies par d’autres professionnels de santé, cela permettrait de faire le point sur leur dossier, et de créer une relation de confiance, afin de potentialiser la visite du post-partum. Cela permettrait également d’organiser avec la patiente son suivi de grossesse précocement. La sage-femme, acteur de santé public de proximité, investirait pleinement son rôle de coordinateur d’un suivi pertinent pour un parcours de santé efficient. Enfin, cela s’inscrirait dans une idée de suivi semi-global, (en excluant l’accouchement), assuré autant que possible par une personne, qui est demandé par les patientes.