L’interview de rentrée // Peggy Wihlidal

Qu’attendre (ou craindre) des annonces de septembre ?

Quels sont les dossiers clés de la rentrée?

PW: La Loi de financement de la sécurité sociale demeure le point cardinal de la rentrée. Le rapport Charges et produits publié par l’Assurance Maladie (qui est cardinal pour le gouvernement, voire le parlement) fait plusieurs propositions pour couvrir les 3,4 milliards de dépenses en moins qui devront être effectuées. Beaucoup parmi elles sont inquiétantes en ce qu’elles portent en germe de désorganisation et de non prise en compte des besoins des malades.

De même la question de l’attractivité médicale à l’hôpital revient sur le devant de la scène – une récente tribune du Parisien en atteste. Près de 24000 postes sont non pourvus à l’hôpital. Pour autant, nul ne pose la question de l’absolue nécessité de questionner ces 27% de postes de PH non pourvus. Ces postes sont-ils tous nécessaires, pour quelles actions au service des malades, etc. ?

Notre protection sociale dans son essence même est questionnée ; les propositions CAP 22 seront en toute vraisemblance dans l’ensemble des réflexions et actions à venir.

Des sujets plus thématiques seront fort heureusement traités également : comment mieux prendre en charge et prévenir l’obésité? Quelle place et quelle prise en charge pour nos personnes âgées? Quels systèmes d’information allons-nous pouvoir proposer et construire ? Etc.

Que pouvons-nous attendre (ou craindre) des annonces à venir ?

PW: Les annonces du gouvernement qui ont été repoussées à la fin de l’été vont être cruciales pour notre système de santé. A ce stade -et comme nous le rappellerons dans notre prochaine Tribune– , l’enjeu est de ne pas faire peser l’essentiel des efforts et la plus grande partie des moyens sur l’hôpital.

Notre système souffre avant tout d’une désorganisation entre la ville et l’hôpital et d’une absence de pilotage au plus près des indicateurs principaux d’accès à la santé et d’efficience des soins.

Tout est à faire. Principalement en faveur d’une intervention renouvelée des principaux acteurs des soins primaires que sont les médecins généralistes de premier recours, les infirmier.e.s, les pharmacien.ne.s, les biologistes, kinés et sages-femmes ; mais également en faveur d’actions de prévention et de liens consolidés entre ville-hôpital-médicosocial-élus locaux et patients.

A quoi il faut-il être particulièrement vigilants ?

PW: Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la multiplication des rapports et interventions des acteurs du monde hospitalier d’une part et corporatistes d’autre part fait craindre la proposition d’actions aux conséquences dévastatrices pour l’organisation de notre système de santé.

La vigilance doit porter sur la diversité des intervenants et le respect de la ligne posée (sous réserve qu’elle le soit) de l’accès aux soins pour tous sur tout le territoire.

Il importe également de rester vigilant relativement à la question de la responsabilité. Il est essentiel d’en appeler à la responsabilité de chaque acteur pour que les malades soient soignés partout et reçoivent les soins les plus adaptés à leurs besoins de soins, conformément au principe de gradation des soins.

Rien ne peut se construire si chaque acteur reste dans sa posture de lobby arcboutés pour que rien ne change. Le discours dominant est prégnant. Il est possible de le contourner en s’appuyant sur les acteurs de terrain – c’est le propre de la méthode de Soins Coordonnés.

Vos souhaits ?

PW: L’état dans lequel se trouve notre système de santé mérite qu’on y passe le plus de temps possible mais sans se perdre dans les problématiques et solutions éculées.

La place et le rôle des professionnels de la santé – y compris les élus et la population – est largement sous-valorisée aujourd’hui. La rentrée est une opportunité pour leur donner la parole et écouter leurs propositions.

Les débats relatifs à notre protection sociale doivent être posés de façon à être sur une même ligne de construction : que nous décidions ou non de la défendre, l’ensemble des acteurs se doit de se positionner sur un même niveau de réflexion.

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