#Interview du Grand Débat

“Le lobby des médecins ne peut continuer à fuir les zones où les malades ont besoin d’eux”

Dans le cadre du Grand Débat, Egora a choisi de donner la parole aux médecins généralistes.

Notre président, Martial Olivier-Koehret, s’est plié à l’exercice du  “Si j’étais ministre de la santé…”

“Si j’étais ministre de la santé, je ferais primer l’intérêt du malade sur toute autre considération.

Je n’aurais plus comme seuls interlocuteurs, les lobbys divers et les corporatismes professionnels.

Si j’étais ministre de la santé, je lutterais contre l’argent qui règne sur la santé.

Je ferais régner une autre logique, où chaque euro dépensé soit utile aux malades et mobilisé à bon escient.

Je généraliserais les tarifications forfaitaires pour sortir de la course à l’acte et du paiement à l’acte inflationniste. Les paiements seraient acquis uniquement lorsque les recommandations de pratiques sont respectées. Les datas seraient utiliser systématiquement pour évaluer la pertinence des pratiques et les soins de chaque malade.

Si j’étais ministre de la santé, je répéterais chaque jour que les déserts médicaux sont une urgence politique, mon urgence politique.

Le marqueur exclusif sur lequel tout ministre doit être évalué et sanctionné en cas d’échec ou d’inaction.

La population du tiers de notre pays, 12 millions de personnes, finance les soins et n’a plus accès à des soins de qualité.

Le lobby des médecins ne peut continuer à fuir les zones où les malades ont besoin d’eux et en même temps refuser toutes évolutions.

Les médecins se disent débordés mais la majeure partie de leur temps est consacrée à renouveler les ordonnances des malades chroniques, activité qui relève des pharmaciens.

Les médecins se disent débordés et ne veulent plus faire de visites à domicile pour le suivi des personnes âgées, activité qui relève des infirmières en auto saisine.

Les médecins se disent débordés et ne peuvent plus faire de gardes, leurs rendez-vous ne leur permettent plus de faire des soins non programmés, ces activités de premier recours relèvent des pharmaciens, des infirmières et des autres soignants.

Si j’étais ministre de la santé, je m’étonnerais du manque de médecins dans le pays qui a le plus de médecins…. Je m’étonnerais que plus de la moitié des médecins formés ne délivrent pas de soins.

Je m’étonnerais que l’on manque de médecins à certains endroits (moins 20% dans les départements difficiles) et pour certaines activités utiles à nos concitoyens.

Je m’étonnerais que l’on crée des postes de médecins salariés qui vont emplir des imprimés dans de sombres bureaux.

Si j’étais ministre de la santé, je créerais une instance de gouvernance où chaque emploi (tous les emplois) de médecin serait examiné pour être autorisé au regard de son utilité pour la population.

Si j’étais ministre de la santé, j’organiserais une rémunération différenciée des médecins libéraux selon la zone d’exercice et la réalité des activités (suivi des nourrissons et des personnes âgées, gardes, visites à domicile, actes techniques, continuité des soins, etc..).

Si j’étais ministre de la santé, j’engagerais les équipes de ville et d’hôpital à coopérer et je réduirais l’offre hospitalière aux malades qui relèvent de soins hospitaliers et non aux personnes âgées dont on ne sait quoi faire ou aux malades victime de la défausse ambulatoire.

Si j’étais ministre de la santé, je réunirais les syndicats de médecins libéraux pour qu’ils expliquent ce qu’ils ont fait du monopole d’exercice ambulatoire, des prix garantis par la sécurité sociale pour mener une politique conventionnelle couteuse qui ne garantit plus les soins aux français. Comment ils sont devenus les fossoyeurs de la médecine libérale.

Si j’étais ministre de la santé, j’engagerais un grand débat avec les médecins, les patients et les élus locaux pour définir ce qu’est un médecin…

Les médecins sont désacralisés et tombés de leur piédestal.

L’intelligence artificielle, les algorithmes, les objets connectés font déjà mieux que les médecins.

Quelle place, quel rôle pour des médecins demains plus humains, plus disponibles, plus proches des malades, capables de décrypter les situations et les traitements, d’accompagner les malades pour qu’ils exercent la plénitude de leurs droits et décident leur santé ?

Mais je ne suis pas ministre de la santé, Emmanuel Macron n’a cure de la progression des déserts médicaux et des inégalités de santé.

Je ne suis pas ministre de la santé, je suis médecin généraliste dans un désert médical, j’effectue gardes et visites à domicile, je soigne tous les âges du nourrisson en sortie de maternité aux personnes en fin de vie.

J’exerce la plénitude de mon métier de généraliste et j’en suis heureux.”

Dr Martial Olivier-Koehret – Généraliste, libéral