La grève – suite

En annonçant une grève pendant les vacances de fin d’année, l’ensemble des syndicats médicaux ont pris en otage les médecins qui passaient – comme chaque année et comme la grande majorité des Français – quelques jours en famille pour les fêtes. En général, à cette période, les services d’urgences se plaignent d’être débordés du fait des départs en vacances des médecins libéraux et réclament des moyens supplémentaires. Cette année ils ont été pris de vitesse.

 

Trois raisons expliquent ce choix :

  • Il était judicieux pour décompter un nombre maximal de vacanciers comme étant des grévistes de choisir la période où il y a le plus de vacanciers et le moins d’activité de soins.
  • Par ailleurs, l’exaspération des soignants est majeure. Les raisons en sont nombreuses et différentes, voire diamétralement opposées selon les spécialités considérées. Un récent sondage montre que la France est le deuxième pays le plus pessimiste : les soignants n’échappent pas à la sinistrose ambiante.
  • Le trou médiatique de fin d’année est une aubaine pour les syndicats médicaux de se faire mieux entendre. Obnubilés par les prochaines élections professionnelles (chacun d’eux y jouera sa survie), quel meilleur accès aux médias que d’annoncer une grève des soins au moment où l’ensemble des Français se souhaitent une bonne santé !

 

Tous les syndicats médicaux se sont donc mis d’accord pour refuser toute forme de compromis avec l’Etat : rien ne doit changer dans le système actuel (ce faisant, c’est la frange la plus ultra libérale des médecins qu’ils séduisent).

 

Ils refusent en bloc le Tiers Payant Généralisé et exigent le retrait de la Loi de Santé aux motifs qu’elle serait liberticide.

 

Les médecins généralistes sont loin de tous approuver les refus de soins et la guérilla contre le Tiers Payant généralisé menée par les syndicats. D’ailleurs, les chiffres d’activité qui viennent d’être publiés montrent que l’activité 2014 est identique et même légèrement supérieure à celle de 2013.

 

Cet acharnement contre le Tiers-Payant n’est pas le moindre des paradoxes quand l’on sait que les syndicats ont accepté sans dire un mot la mise sous tutelle des ordonnances des médecins généralistes. Pour rappel, il est maintenant obligatoire – pour l’instant pour deux médicaments – de demander l’autorisation à la Sécurité Sociale avant de rédiger l’ordonnance.

 

Il est important de souligner ici que la Loi de Santé concerne avant tout les patients et l’accès aux soins. Pourtant, les syndicats de médecins voudraient seuls décider pour le compte des malades et des pouvoirs publics. Or, leur légitimité à se poser comme unique interlocuteur est contestable, d’autant qu’aucune proposition pour garantir l’accès aux soins sur tout le territoire (et encore moins de garanties de continuité des soins) ne sont faites.

 

La situation est donc bloquée devant la possible mise en place du Tiers Payant généralisé (que la majorité des pays occidentaux ont déjà adopté) et la suppression du paiement à l’acte direct qu’il implique.

 

Il est temps d’abandonner le vieux rêve des libéraux d’un maintien du paiement direct et en espèces. Devant l’avancée sociale, simple et moderne du Tiers Payant, ce n’est plus qu’un vestige du passé.

 

Lorsque l’arc-boutant du paiement direct s’écroulera, un nouvel équilibre plus respectueux de l’accès aux soins pourra émerger.

 

Martial Olivier-Koehret
Président de Soins Coordonnés
m.olivierkoehret@soinscoordonnes.fr

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