Interview de l’ANEPF à l’occasion de son Livre Blanc: « ensemble, faire évoluer la profession »

A l’occasion de la sortie de son Livre Blanc, Soins Coordonnés a interviewé l’Association Nationale des Etudiants en Pharmacie (ANEPF), représentée par son président, Anthony Mascle.

Soins Coordonnés: Pourquoi ce Livre Blanc ?

Anthony Mascle: Les jeunes s’intéressent à leur future profession. Grâce à internet, ils se renseignent énormément sur la pratique du métier comme elle peut exister ailleurs en Europe ou au Canada, ils lisent parfois des documents comme les rapports Rioli, ou Igas-IGF que nous leur transmettons. Une partie se forge un esprit critique sur l’exercice professionnel actuel, et envie l’évolution embrassée par d’autres pays. A l’heure où tous nos étudiants sont issus de la PACES, il est important de rappeler que la plupart ne se sont pas engagés à la sortie du lycée pour devenir pharmacien, mais pour exercer une profession de santé. Cet élément s’ajoute à la loi HPST (note : PACES 2010, HPST 2009) qui officialise le pharmacien en tant que professionnel de santé, statut particulièrement mis en avant au cours de nos études recentrées sur le patient et sa prise en charge depuis la réforme (éducation thérapeutique, enseignements coordonnés, cours de communication…). Ces nombreux facteurs expliquent en mon sens la volonté de changement des jeunes quant à leur futur exercice professionnel. Ce livre blanc était l’occasion de regrouper les aspirations consensuelles dans notre réseau dans un seul document, afin de faciliter la lisibilité de notre vision.

SC: Pourquoi est-ce important pour vous de vous positionner ?

AM: Simplement car nous représentons l’avenir de la profession. Or, à l’heure actuelle l’officine souffre d’un déficit d’attractivité, que les méthodes contraignantes (numerus clausus, maillage…) ne peuvent résoudre, puisque certains de nos étudiants partent ensuite exercer à l’étranger. La solution réside dans le fait de faire évoluer le métier. Et dans ce domaine, les étudiants peuvent avoir un rôle à jouer, c’est ce qu’on a vu dans le débat de l’expérimentation de la vaccination où nous étions parmi les premiers à nous positionner, et avons participé activement à porter l’amendement au PLFSS par de nombreux échanges avec les députés. Sur ce dossier en particulier, la plupart des pharmaciens nous opposaient des arguments techniques de faisabilité. Comment expliquer pourtant que cette pratique soit très développée à l’étranger ? Je pense que c’est symptomatique de l’exercice professionnel où le poids du quotidien limite parfois les innovations, écartées rapidement car la mise en application ne semble pas évidente. Moins contraints par ces limitations, les jeunes peuvent se permettre de rêver, et c’est finalement cette fraîcheur qui, appuyée sur l’expertise des instances professionnelles sur la pratique du métier pour la mise en application, doit nous permettre tous ensemble de faire évoluer la profession.

SC: Demain, quels pharmaciens serez-vous ?

AM: Définitivement, demain nous serons des professionnels de santé. C’est le métier que nous voulons exercer, celui d’un expert de la pharmacie clinique qui mobilise ses connaissances et compétences au service de la santé de la population. Nous voulons jouer un rôle clé dans le système de santé en jouant sur les forces du pharmacien d’officine : sa forte disponibilité, sa relation de proximité, son contact régulier avec les patients… Espaces de confidentialité, rémunération à l’acte et non à la marge, entretiens avec le patient… le métier doit se recentrer sur sa plus-value humaine.

SC: Vos missions vont-elles aussi évoluer au contact d’autres professions de santé ?

AM: La prise en charge d’un individu ne peut se faire en silo, elle doit se faire en concertation avec l’ensemble des professionnels. En bout de la chaîne de prescription

(à l’exception de l’administration directe éventuelle des infirmiers), le rôle du pharmacien est évidemment d’expliquer la prise du traitement, mais doit évoluer pour davantage tendre vers l’adaptation de chaque traitement aux spécificités du patient en vie réelle. Mais cela doit se faire en concertation avec les prescripteurs, qui posent le diagnostic. En s’appuyant chacun sur sa spécialité on aura une vraie plus-value notamment en terme d’adhésion du patient et in fine d’observance, enjeu majeur de santé publique souvent négligé.
Je ne suis également pas opposé à la redondance dans le système de santé, qui est parfois trop rigide et mal compris par les patients. Dès lors que sa santé n’est pas remise en jeu, je ne vois pas d’inconvénient à ce que le patient puisse avoir le choix entre plusieurs professionnels pour des parties spécifiques de la prise en charge. Pour la vaccination par exemple, certains préféreront passer par leur médecin traitant, très accessible, quand d’autres patients chroniques recevant quotidiennement la visite d’un infirmier ne se déplaceront pas pour se faire vacciner. Et pour une part importante de la population, l’officine restera le lieu le plus accessible et le plus pratique, disponible sans rendez-vous. Si la qualité de l’acte n’est pas différente d’un professionnel à un autre, pourquoi ne pas simplement laisser le patient faire le choix de ce qui est le plus pratique pour lui ?

SC: Quelles sont les ambitions futures de l’ANEPF ?

AM: L’ANEPF veut être entendue lors des négociations conventionnelles, qui ont un rôle clé à jouer dans l’évolution du métier (la dernière convention avait notamment permis d’introduire les entretiens pharmaceutiques). Au-delà, il s’agit de continuer le travail engagé avec les équipes des candidats aux présidentielles afin que les futurs décideurs politiques aient une vraie vision de ce qu’attendent les jeunes pour leur exercice professionnel. Nous ne voulons exercer comme nos aînés, nous voulons principalement nous recentrer dans l’accompagnement du patient et la collaboration interprofessionnelle dans l’intérêt de ce dernier, et sans véritable revendication d’obtenir un statut plus élevé contrairement à d’autres professions qui cherchent également une reconnaissance. Nous voulons juste faire plus de choses, dans l’intérêt de la population, qui peut refuser ça ?

SC: Enfin, une petite question pratique : comment les étudiants en pharmacie peuvent-ils vous rejoindre ?

AM: Tout d’abord en s’appropriant nos revendications, et en les portant partout où elles peuvent être portées, que ce soit en stage ou via les contacts parfois politiques qu’a tout un chacun. Si des actions de mobilisations sont prévues, il faudra également que les étudiants suivent, afin de démontrer leur réel attachement à l’évolution du métier. Et enfin, tout simplement en s’engageant dans les structures associatives qui sont à la base de notre démocratie interne.
L’Association Nationale des Etudiants en Pharmacie de France (ANEPF) représente plus de 33 000 étudiants et les associations des 24 facultés de pharmacie de France. Elle représente et défend d’une voix unique et apartisane les étudiants en pharmacie auprès des instances universitaires, ministérielles et professionnelles. Pour consulter le site de l’ANEPF : http://www.anepf.org/
Imprimer cet article Imprimer cet article     Partager avec un ami