#Interview

“La notion de premier recours est bien trop stigmatisée en France”

Depuis novembre 2018, Bilal Latrèche est président de la Fédération Nationale des Etudiants en Soins Infirmiers (FNESI), l’association représentant les 94 000 étudiants en soins infirmiers de France, qui défend les intérêts matériels et moraux des étudiants en soins infirmiers et pense leur cursus et leur place dans le système de santé.

A l’occasion d’une rencontre, il nous a présenté les ambitions des jeunes infirmier(es) pour l’avenir.

Quels sont les axes de travail du bureau de la FNESI élu en novembre 2018?

Le système de santé est en pleine mutation. Aujourd’hui nous ne soignons plus les patients comme il y a 20 ans. La profession et la prise en soins évoluent, il est donc indispensable que notre formation suive cette évolution. Cela passe par une réouverture et une refonte de notre référentiel.

D’autre part, alors que nous sommes de plus en plus dans de la coordination des soins, dans la logique du travail en équipe, il est indispensable de réussir à mettre plus de porosité entre les professions en santé. Réussir à avoir une vision bien plus transversale des différentes compétences de chacun. La réforme des études de santé n’est pas la réforme de la PACES, nous devons sortir d’une vision sociétale médico-centrée : le mot “santé” ne veut pas dire “médecin”

Enfin, un grand nombre de travaux entamés se doivent d’être achevés : l’intégration universitaire qui a maintenant 10 ans et qui doit terminer son processus, l’accès aux droits étudiants, qui n’est toujours pas égalitaire, etc.

“Santé ” ne veut pas dire “médecin”.

Bilal Latrèche

A quel défis pressentez-vous que l’exercice infirmier devra faire face dans les prochaines années ?

Le virage numérique est là, il est pris par l’intégralité des domaines hormis celui de la santé. Cette résistance ne pourra durer et les professionnels de demain, notamment les infirmiers, seront ceux qui utiliseront des outils tels que la télé-consultation. Ces nouveaux dispositifs peuvent être anxiogènes de premier abord pour le patient. C’est pourquoi il est indispensable de former les professionnels de demain à l’usage de ces nouvelles pratiques. En parallèle, la montée en puissance du numérique va pousser l’évolution d’un grand nombre de professions : nous serons ainsi plus sur du préventif, du relationnel et sur de la coordination et du suivi que sur de l’acte pur et dur.

Comment y préparez-vous les étudiant.e.s ?

Nous sensibilisons les étudiants sur cette thématique à travers de nos congrès, colloques et week-ends de formation et en communiquant régulièrement à travers nos différents canaux de diffusion.

 Quel doit être selon vous le rôle de l’infirmier-e libéral-e dans l’organisation des soins de premier recours ?

Il est d’un enjeu de santé publique aujourd’hui de réussir à repenser la notion de premier recours qui est bien trop stigmatisée en France. Celle-ci pourrait avoir un rôle majeur dans le désengorgement de l’accès aux soins. L’infirmier, de part son maillage, son champ de compétences large, sa proximité auprès du patient, doit être en mesure d’exploiter l’intégralité de ses ressources.

En effet, il nous semble indispensable de dissocier la coordination des soins d’un corps a part entière. Coordonner des soins est une compétence à part entière. L’enjeu de connaître les champs de compétences de chaque professionnel est primordial.

L’infirmier est le professionnel de santé qui passe le plus de temps auprès du patient, il doit pouvoir en assurer le suivi et coordonner les soins de celui-ci. Il est temps de reconnaître réellement son expertise de terrain et de valoriser ces compétences au bénéfice du patient. Élargir notre champ de compétences, c’est permettre aux infirmiers de coordonner les soins ,  c’est miser sur un professionnel de santé ayant un rôle propre complet, et exerçant sa profession au plus proche du patient. Et c’est surtout répondre à un enjeu de santé publique en terme d’accès aux soins, le maillage infirmier étant à prendre en considération.

D’autre part, dans le milieu libéral, l’infirmier est continuellement confronté à des situations d’urgence. Quand reconnaitrons-nous  pleinement son champ d’exercice et parlerons-nous d’infirmier de premier recours?

En savoir plus sur la FNESI

LA FNESI, fédération nationale des étudiants en soins infirmiers, est l’unique organisation représentant les 94000 étudiants en soins infirmiers de France. Son principal objectif est de défendre les intérêts matériels et moraux des étudiants en soins infirmiers.

Elle a cinq grandes missions :

  • la représentation : elle représente les étudiants auprès des institutionnels et plus largement auprès de tous les acteurs du monde de la santé pour porter la voix des étudiants
  • la défense des droits : elle défend, informe et accompagne gratuitement les étudiants, quelles que soient leurs demandes, de manière individuelle ou collective tout au long de leur formation
  • informer : elle lutte contre la désinformation en envoyant gratuitement notamment un magazine trimestriel dans l’ensemble des instituts. Elle est proactive dans la diffusion d’informations d’actualité sur l’ensemble des réseaux sociaux.
  • fédérer, accompagner et former les bénévoles : elle a pour but de créer un réseau d’étudiants en soins infirmiers sur tout le territoire et elle est un acteur incontournable dans la formation des étudiants engagés afin de leur donner les clés afin de mener à bien leurs activités annexes
  • répondre à des besoins insatisfaits à travers du projet : au-delà de son action syndicale, elle crée du projet étudiant pour répondre à des besoins de terrain. Des projets animés par des étudiants pour des étudiants qui rentrent dans une démarche d’innovation sociale.

Retrouvez la FNESI sur son site Internet fnesi.org et sur les réseaux sociaux.

Propos recueillis par Soins Coordonnés

le 27 février 2019