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En Centre-Val de Loire, le biologiste médical est acteur du dépistage de la maladie rénale

Depuis 2015, Soins Coordonnés accompagne l’URPS des Biologistes Centre-Val de Loire dans une action d’amélioration du dépistage précoce de la maladie rénale et de son suivi. Au fur et à mesure des mois, cette action s’est transformée, jusqu’à proposer à partir de septembre 2019 des entretiens informatifs et interprétatifs menés par les biologistes auprès des patients en risque de maladie rénale. Retour avec Francis Guinard, président de l’URPS Biologistes Centre-Val de Loire,  et Astrid Kerfant, responsable projets chez Soins Coordonnés, sur l’itinéraire parcouru depuis 2015.

D’où vient la volonté de l’URPS Biologistes de se positionner sur la thématique de la maladie rénale ?

Francis Guinard : La MRC est un diagnostic biologique, les premiers signes cliniques de la maladie n’apparaissant que tardivement. Il importe que le biologiste ne passe pas à côté du diagnostic de cette maladie. Il lui revient d’améliorer le dépistage, la prévention et le suivi de cette maladie dont souffre plus de 3 millions de personnes en France, qui est très invalidante à son stade terminal et dont le coût pour l’assurance-maladie est de l’ordre de 3 milliards 800 millions, donc plus élevé que le budget de la biologie médicale de ville.

L’URPS a pu fédérer plusieurs professions autour de cette prévention : les biologistes, bien sûr, mais aussi, les médecins, les pharmaciens et les infirmières, professionnels qui participent tous au parcours de soins des patients souffrant de cette maladie.

Quel a été le rôle de Soins Coordonnés dans la mise en place du projet ?

Astrid Kerfant : Notre premier rôle est celui d’incubateur : lorsque les professionnels se présentent à nous avec une idée de projet, nous les accompagnons pour rendre cette dernière réalisable et concrète. Nous les conseillons pour en définir les contours, concevoir le cadre d’intervention, ainsi que l’ingénierie du projet. C’est ce que nous avons proposé à l’URPS.

Ensuite, nous assurons la déclinaison opérationnelle de l’action : en l’occurrence pour cette action, nous avons commencé par rédiger le dossier de demande de subvention auprès de l’ARS, identifier et contacter les partenaires, dessiner chaque étape nécessaire au bon déroulement de l’action avec un calendrier, des outils de suivi, des indicateurs d’évaluation. Nous animons le groupe de travail des biologistes médicaux afin de faire remonter leurs remarques au quotidien, sur la mise en place des outils.

Francis Guinard : J’ajouterais que le professionnalisme de Soins Coordonnés est une aide appréciable pour l’URPS qui dispose de peu de moyens financiers et humains pour trouver les financements nécessaires, organiser et gérer une telle action

Quelle est la valeur ajoutée offerte par Soins Coordonnés aux professionnels de santé ?

Astrid Kerfant : Chez Soins Coordonnés, nous prenons soin de conduire chaque accompagnement dans une logique pluriprofessionnelle. Nous sommes résolument tournés vers l’avenir du système de santé, convaincus que celui-ci ne pourra perdurer qu’au travers de coopérations renforcées entre l’ensemble des acteurs et des professionnels. C’est ce que nous essayons également d’insuffler dans cette action.

Cela se traduit, comme souvent, par l’amélioration de la circulation de l’information entre tous les acteurs du système de santé :

  • l’information et la formation des biologistes médicaux d’abord, pour qu’ils prennent connaissance des recommandations de la HAS et puissent les intégrer dans leurs outils.
  • ensuite l’information des autres professionnels de santé sur les nouveaux outils proposés par les biologistes médicaux (graphe de l’historique du DFG) : notamment les médecins, les pharmaciens ou encore les infirmiers. Le but est de rendre utilisable pour les autres professionnels de santé le travail mené par les biologistes médicaux sur les résultats des patients.
  • et surtout, l’information des patients eux-mêmes.

C’est pourquoi nous avons également conçu du contenu de communication (notamment les newsletters d’information aux professionnels de santé et associations de patients). Nous avons, également,  coordonné l’organisation des formations des professionnels de santé sur le dépistage et le suivi de la maladie rénale, mobilisé les prestataires éventuels (graphistes pour un mémo aux professionnels, une affiche destinée aux patients conçue en pluriprofessionnalité avec les autres URPS de la région), etc…

Que vous a apporté cet accompagnement ?

Francis Guinard: Comme je le disais un peu plus tôt, cet accompagnement est indispensable à nous, petite profession, par le nombre de professionnels. J’emploie le présent parce que nous avons souhaité réorienté ou complété cette action par une expérimentation relevant de l’article 51 du PLFSS 2018 sous formé d’entretiens réalisés avec les patients à risque de MRC à l’initiative des biologistes.

Cette innovation organisationnelle dérogatoire est très lourde à mettre en place ; sa validation et son autorisation par le Conseil stratégique en innovation de la Santé est un parcours long et complexe qui nécessite la rédaction d’une lettre d’intention et d’un cahier des charges aux multiples exigences.

L’appui de Soins Coordonnés a été décisif pour la préparation de ce dossier.

Quels ont été les premiers résultats de l’action d’amélioration du dépistage de la maladie rénale chronique?

 Astrid Kerfant :  L’évaluation est une part importante de notre travail. Chaque année nous relevons le plus précisément possible les indicateurs établis au début de l’action. Nous avons constaté que la quasi-totalité des laboratoires de biologie médicale de la région avait adopté le calcul du DFG par équation CKD-EPI et une majorité a mis en place l’historique graphique du DFG.

Toutefois, le nombre d’admissions en dialyse en urgence est toujours trop élevé en région Centre-Val de Loire (52 % contre 31 %), et 1 patient sur 20 ignore sa maladie. Pour réussir à dépister plus précocement les patients à risque, il faut aussi mieux impliquer ces derniers. C’est à cette étape que nous avons réfléchi avec l’URPS depuis 2017.

 Francis Guinard : Entre 2015 et 2017, nous avons fait un gros travail de sensibilisation des professionnels de santé et du public à cette maladie, après avoir standardisé les techniques utilisées par les laboratoires et mis en place le graphe de l’historique du DFG qui est d’une aide décisive pour le médecin pour repérer un déclin anormal de la fonction rénale.

Il faut souligner, à ce niveau, que l’URPS a eu d’emblée le soutien du service de néphrologie du CHU de Tours et celui de la Fédération régionale des URPS qui regroupe les 10 professions de santé.

Comment a évolué l’action des biologistes ?

Francis Guinard : Nous nous orientons vers des entretiens avec les patients à risque de MRC, entretiens conduits par les biologistes après extraction des bilans anormaux selon des critères d’inclusion bien définis. Ces entretiens ont pour but de mieux assurer la prise en charge des patients non encore diagnostiqués dans des territoires médicalement sous-dotés en apportant notre aide et notre expertise au médecin-traitant dans le diagnostic de la MRC.

Que peut-on attendre des entretiens informatifs et interprétatifs sur la maladie rénale chronique ?

Francis Guinard : Le premier bénéficiaire de ces entretiens sera, en premier lieu, le patient qui, dépisté et pris en charge plus tôt, pourra bénéficier de mesures néphro-protectrices et d’une surveillance programmée de la maladie. Son entrée dans la suppléance (greffe ou hémodialyse) avec toute sa cohorte de contraintes sera retardée.

Le médecin sera déchargé d’un temps médical rare dans nos territoires qui enregistrent la démographie médicale la plus basse de notre pays ; il pourra s’appuyer sur l’expertise du biologiste pour repérer les patients à risque d’insuffisance rénale chronique (IRC avant même que la maladie ne soit installée.

Le biologiste verra son rôle valorisé, et ses compétences utilisées, cette action l’obligeant à partager son expertise à partir des données dont il dispose et qui sont jusqu’à maintenant sous-utilisées.

Enfin, l’assurance-maladie peut espérer une réduction du coût de la prise en charge de cette maladie, en raison d’une entrée dans la suppléance retardée et de la meilleure qualité de vie des patients pris en charge.

Astrid Kerfant : Avec le soutien de l’ARS et du CSIS, nous allons mener une évaluation encore plus solide pour déterminer la reproductibilité de l’expérimentation. Si les résultats sont satisfaisants, le dispositif pourrait être étendu à d’autres zones en désertification médicale.

Pour Soins Coordonnés, la mise en œuvre de cette expérimentation est une vraie bonne nouvelle. Nous soutenons les initiatives des professionnels de santé pour développer leurs compétences, les partager, et répondre aux besoins de santé des patients. Les exercices de chaque profession ne peuvent demeurés figés tant les besoins de santé de la population ont évolué.

Francis Guinard est biologiste médical à Bourges depuis 1982 et président de l’URPS Biologistes Centre-Val de Loire depuis 2013. Il est également secrétaire général du Syndicat des Biologistes, et trésorier-adjoint de la CPTS de Pays de Bourges.

Astrid Kerfant est responsable projets et développement chez Soins Coordonnés. Elle accompagne l’action d’amélioration du dépistage précoce de la maladie rénale en région Centre-Val de Loire depuis sa mise en place fin 2015.