DPC pluriprofessionnel – déserts médicaux: même combat !

La formation est un préalable à toute conduite du changement. Le DPC pluriprofessionnel porte les ferments d’une coordination entre les différents professionnels de santé. Cette pluriprofessionnalité est une condition essentielle pour vaincre les déserts médicaux. Retrouvez ci-dessous notre tribune sur ce sujet.

 

1/3 – Le DPC pluriprofessionnel: kesako?

 

Rappelons-le, le dispositif du Développement Professionnel Continu (DPC), initié par la loi HPST de 2009 et modifié par la LMSS de 2016, est aujourd’hui organisé par le décret n°2016-942 du 8 juillet 2016.

Tel que le précise le dit-décret, le DPC doit permettre aux professionnels de santé :

+ l’évaluation et l’amélioration de leurs pratiques professionnelles et de gestion des risques ;

+ le maintien et l’actualisation de leurs connaissances et compétences ;

+ la prise en compte des priorités de santé publique.

 

Au sein de l’offre de DPC, les professionnels de santé peuvent se former soit en monoprofessionnel (les médecins généralistes avec les médecins généralistes, les infirmiers avec les infirmiers, les orthophonistes avec les orthophonistes… Il faut cultiver notre jardin, disait Voltaire) soit en pluriprofessionnel, ce qui se traduit par la participation d’au moins 2 professions différentes au même programme de formation en même temps (mais pas au même tarif, mais ceci est une autre histoire).

Les programmes de formation pluriprofessionnels ont ceci de particulier qu’ils sont considérés comme « hors quota » [1]  pour les professionnels de santé, c’est-à-dire qu’ils n’empiètent pas sur leur possibilité de participer à des programmes de formation continue mono-professionnels. La nécessité de formation continue des professionnels de santé dans leur propre domaine demeure donc préservée. Et c’est précisément une des forces du dispositif!

 

Les orientations nationales générales s’appliquent à ces programmes de formation. Seule obligation spécifique (en plus de toutes les obligations scientifiques et pédagogiques propres à tout programme de DPC) : ils doivent être déclinés sur une journée minimum et sur 2 journées maximum pour être indemnisés par l’ANDPC.

 

2/3 – Le succès non égalé du DPC

Le dispositif du DPC est un succès. En témoignent les 245 735 comptes de professionnels de santé ouverts à ce jour sur le site de l’organisme gestionnaire [2], les 3500 organismes de formation aujourd’hui accrédités – sans doute environ 600 effectivement actifs [3] et les 85 000 programmes de formation déposés. Aucun des dispositifs de formation continue des professions de santé qui se sont succédé depuis des décennies n’a convaincu à ce point.

 

Les orientations du DPC ont été revues par l’arrêté du 8 décembre 2015 pour les années 2016-2018. Elles doivent permettre de consolider le déploiement du DPC pour poursuivre l’amélioration de la qualité des soins.

 

Parmi les orientations définies à l’origine se trouvent celles qui ont vocation de mettre en œuvre des programmes pluriprofessionnels. C’est ce qui a permis à 10% des programmes déposés en 2016 d’accompagner les professionnels à la coordination des équipes de soins primaires. C’est beaucoup et peu à la fois tant il est difficile de les mobiliser sur des problématiques véritablement pluriprofessionnelles, qui sortent des sentiers battus par définition – ils n’ont pas le temps, s’inquiètent de leur exercice avant tout, etc. et ces préoccupations sont légitimes.

 

3/3 – Le DPC pluriprofessionnel, vecteur et accélérateur de changement

On ne cesse de le dire, la raréfaction de la ressource médicale, le contexte d’accélération de la digitalisation en santé et surtout, de la désertification médicale compliquent considérablement les réponses qu’il convient de construire aujourd’hui pour répondre au triple enjeu épidémiologique, économique et écologique (inégalités sociales et territoriales) que nous réserve notre système de santé pour les années à venir.

 

Il est rare qu’un problème compliqué trouve une solution simple. Malheureusement, la situation ne déroge pas à la règle. Cependant, des leviers existent. Certains sont plus facilement mobilisables que d’autres.

 

On le sait, la coordination et le travail pluriprofessionnel sont à la base de l’organisation sans laquelle rien ne pourra se faire pour répondre demain aux besoins de santé de notre système.

 

Pour autant, quelles que soient les professions considérées et, qu’il s’agisse de travailler en collaboration en ville, ou entre la ville et l’hôpital, la formation initiale des professionnels de santé, médicaux comme paramédicaux, n’intègre qu’à la marge – voire pas du tout – cette donnée.

 

C’est là qu’intervient précisément le DPC Pluriprofessionnel. Ce dernier est une chance en même temps qu’une nécessité pour les professionnels de santé, les patients ainsi que pour la sauvegarde de notre système de santé.

 

+ Pour les professionnels de santé

Travailler ensemble ne s’invente pas d’autant que chaque profession doit compter sur une maquette de formation initiale qui réduit les parties communes à la portion congrue. Les spécificités du travail en commun, coordonné autant que possible, nécessitent pour les professionnels d’entamer un process simple et itératif: se connaître, se reconnaître, faire tomber les représentations, construire le travail en commun et l’évaluer.

 

Le DPC pluriprofessionnel offre précisément cette possibilité d’apprendre à travailler ensemble, en appréciant et en mesurant mieux les compétences et les connaissances de chacun ainsi que son périmètre d’intervention. C’est une étape essentielle pour toute collaboration.

 

Le DPC pluriprofessionnel est indispensable à la mise en œuvre et au bon fonctionnement d’une équipe de soins primaires. Il permet aussi de valoriser l’exercice en équipe et offre des possibilités élargies : organiser une prise en charge en sorties d’hôpital, élaborer un protocole de soins pluriprofessionnels, concevoir et mettre en place un projet de santé territorial, etc.

 

+ Pour les patients

Le DPC pluriprofessionnel est nécessaire à la mise en place de nouvelles prises en charge des malades, qu’ils soient âgés ou malades chroniques, basées sur des pratiques organisationnelles innovantes. Il en est de même pour que la coordination des professionnels de santé auprès des malades devienne une réalité de l’exercice quotidien. Il permet de faciliter au quotidien les parcours de santé, de promouvoir les soins primaires et de réduire les ruptures de parcours de santé

 

+ Pour le système de santé

De manière générale, le DPC pluriprofessionnel est indispensable à la mise en œuvre de la conduite du changement que nécessite notre système. L’évolution de ce dernier et les réformes s’y attaquant ne peuvent devenir effectives sans un accompagnement des professionnels par le développement de la formation pluriprofessionnelle.

 

 

Au final, le DPC pluriprofessionnel est bel et bien un levier d’action pour lutter contre les déserts médicaux.

Nous disposons donc d’un outil simple au service d’une réforme de l’organisation du système.

Bien sûr, c’est un outil parmi d’autres – vous retrouverez bientôt toutes nos propositions dans notre livre #vaincrelesdesertsmedicaux – mais celui-ci existe et mérite qu’on s’en serve autant que possible.

Préservons le DPC pluriprofessionnel en le sanctuarisant dans la loi et faisons en sorte d’en promouvoir le développement !

Association Soins Coordonnés

[1]Comme les formations PAERPA notamment

[2] L’ANDPC – Agence nationale pour le développement professionnel continu

[3] A noter qu’une nouvelle procédure d’accréditation administrative est actuellement en cours

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