Déremboursements et déserts médicaux : déshabiller Paul pour habiller Pierre ?

 

La Sécurité Sociale a décidé il y a peu d’appliquer la loi pré-existante et de ne plus rembourser les aérosols prescrits par d’autres professionnels que les pneumologues et les pédiatres. De manière générale, les pouvoirs publics décident régulièrement de dérembourser des dispositifs lorsqu’ils sont prescrits par un médecin généraliste plutôt que par un spécialiste. Pourtant ces décisions sont en contradiction avec l’ambition affichée de répondre aux problématiques d’accès aux soins de la population.

En matière de déserts médicaux, on le sait, une politique cohérente et stable pourra seule venir à bout des difficultés auxquelles font face patients et professionnels de santé. Par cohérence et stabilité, on entend une politique qui englobe l’intégralité du système de santé, faisant fi des saupoudrages que nous avons connu depuis de nombreuses années. Seule une politique de cette envergure permettra d’envoyer aux professionnels de santé exerçant en zone tendue, ou se posant de la question de le faire, un message clair de soutien actuel et à venir.

Où est la cohérence lorsqu’une décision est prise de dérembourser certains médicaments s’ils sont prescrits par des médecins généralistes ? C’est imposer une double peine aux professionnels et patients de ces territoires.

 

La double peine pour les déserts médicaux

 

Comment d’un côté, s’inquiéter du fait que la médecine générale ne soit plus choisie par nos étudiants et de l’autre la vider de son sens et de la plénitude de son exercice, en la réduisant à une chambre d’enregistrement des plateaux techniques et des autres spécialités ? Quel message envoie-t-on aux médecins généralistes des zones tendues qui tiennent à bout de bras la patientèle de leur territoire ?

Ces médecins sont la porte d’entrée en même temps que la garantie de l’accès aux soins. Ce sont ceux qui accueillent bébés et personnes âgées, prennent sans RDV, pratiquent le tarif opposable et des actes techniques. Ce sont eux dont il convient de soutenir et de valoriser l’exercice quotidien.

De même, alors qu’on s’inquiète – à juste titre – de l’engorgement des urgences, du faible taux de spécialistes dans certains territoires, comment imaginer que limiter le remboursement de ces traitements à une prescription de spécialiste ne portera pas atteinte à l’accès aux soins des patients concernés ? Accès physique d’une part – puisqu’il leur faut alors trouver un spécialiste disponible. Accès financier également – puisque rares sont les spécialistes à exercer en secteur 1. Dès lors resurgit de nouveau le spectre d’une médecine à deux vitesses au sein de laquelle les inégalités d’accès aux soins recoupent les inégalités sociales.

Dès lors, les logiques de concurrence d’actes entre le premier et le second recours n’ont pas lieu d’être dans des territoires où l’accès aux soins des patients n’est plus garanti.

 

Des soins superflus ?

 

Par ailleurs, derrière la question du déremboursement, se pose celle de l’opposition entre soins nécessaires et considérés comme superflus. L’un des arguments avancé pour ne plus rembourser les aérosols prescrits par les médecins généralistes serait que ces dispositifs relèveraient de petits soins.

Cet argument ne résiste pourtant pas aux chiffres : selon Ameli, l’asthme touche environ 4 millions de personnes en France, et est responsable chaque année de près de 60 000 hospitalisations (38 000 chez les asthmatiques de plus de 15 ans) et de presque 1 000 décès.

Il est dans l’intérêt du système de santé et des malades de prendre en charge le plus tôt possible les troubles infectieux ou traumatologiques ou encore les maladies qui vont devenir chroniques comme le diabète ou l’asthme. A ce titre, on ne peut considérer qu’il existe de soins superflus.

Pour autant, il a y assurément beaucoup à faire dans notre pays pour éviter actes et examens inutiles.

Répondre à cet enjeu nécessite de pouvoir s’appuyer sur des recommandations nationales de bonnes pratiques à la lumière desquelles il convient de confier au médecin généraliste de plein exercice en coordination avec les autres membres de l’équipe soignante du patient (pharmacien, IDEL, biologiste…) l’application des principes de pertinence et de gradation des soins. C’est ainsi que les gaspillages seront évités tout en assurant, le plus tôt possible, une réponse aux besoins des patients.

Association Soins Coordonnés

19 mars 2018

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