Appel à témoignages – Organisons notre activité pour ne pas la subir

Appel à témoignages – Rejoignez notre groupe d’échange

 

Notre opération www.vaincrelesdesertsmedicaux.com n’en finit pas de nous offrir de belles rencontres avec des professionnels de santé qui se révèlent être de véritables entrepreneurs en médecine de ville, comme le Dr Thual (voir plus loin).
De ces échanges substantiels et dynamiques est née l’idée d’inviter tous les professionnels de santé qui se reconnaîtraient dans la volonté de faire changer les choses à constituer un groupe d’échange informel.
Son objectif est d’inventer ensemble les soins primaires de demain et de donner un espace aux professionnels de santé qui rencontrent des difficultés d’organisation d’exercice. Dans l’optique de pouvoir continuer à interpeller décideurs politiques et institutionnels sur ces sujets.

 
Que vous soyez professionnels de santé, participant d’une organisation novatrice ou souffrant des défauts d’organisation de votre territoire, rejoignez notre groupe d’échange!

 
Je témoigne/ je rejoins le groupe d’échange en contactant Soins Coordonnés (contact@soinscoordonnes.fr)

Témoignage :
Dès à présent, découvrez ci-dessous le quotidien du Dr Thual, à Brehan (56)

 
On peut être entrepreneur et professionnel de santé ! C’est en tous cas, ce que nous a démontré le Docteur Nicolas Thual, généraliste à Brehan dans le Morbihan et initiateur d’un des tout premiers pôles de santé. Il a pris le temps de nous raconter son exercice quotidien en désert médical. De quoi réfléchir ensemble aux leviers pour lever les freins de notre système de santé.

1/ A la base, avoir envie d’entreprendre

Le monde de la santé devient ce qu’on veut bien en faire. C’est ce qui apparaît de la démarche du Dr Thual et de ses confrères, qui loin de se formaliser des codes de l’époque ont créé un modèle qui était, à l’époque, inconnu.

+ Construire les prémisses des pôles de santé

A la fin de ses études, en 2002, le Dr Thual et son épouse, chirurgien-dentiste, souhaitent s’installer du côté de Brehan. Ils décident d’organiser leur activité plutôt que de subir les contraintes territoriales de ce qui est – déjà –  un désert médical.
D’où l’idée, dès 2004, de construire des cabinets qui puissent être évolutifs et de se rapprocher d’autres professionnels en démarchant les écoles d’infirmiers et de kinésithérapeutes. Rapidement, une jeune pharmacienne se présente pour les rejoindre.
Petit à petit, c’est un ensemble de professionnels différents qui se regroupe sur le même terrain, avec pour idée de base de rendre leur activité la plus pratique et la plus fonctionnelle possible.
A cela s’ajoute un important travail sur le projet architectural du terrain, en construisant des cabinets de plein pied (en amont des normes), prévoyant des logements pour les stagiaires ou les remplaçants, en travaillant avec un architecte d’intérieur et s’équipant le mieux possible en matériel médical.
Puis, s’impose l’évidence : quitte à être à côté les uns des autres, autant travailler ensemble ! Lorsqu’ils sont baptisés « maisons de santé » un peu plus tard, le terme même les interpellent et émerge alors la notion de « pôle de santé ».
Aujourd’hui une bonne trentaine de professionnels, âgés de 40 ans en moyenne, y travaillent en bonne intelligence. Parmi eux, une vingtaine de professionnels : médecins, infirmiers, dentistes, pharmaciens, radiologue, podologue, kinésithérapeute et ostéopathe, mais aussi des assistants médicaux et dentaires, des préparateurs, un ambulancier…

 

+ Se libérer des peurs administratives

 
La réflexion entrepreneuriale menée par Nicolas Thual et ses confrères ne s’est pas arrêtée là. Bien que reconnaissant que l’entreprenariat fasse peur à un monde médical qui demeure très peu formé sur ce sujet, ils ont «  comme tout chef d’entreprise » choisis d’investir dans leur immobilier et leur mobilier. Ils ont ainsi créé des SCI et des SCM dont chacun est investisseur, et ont salarié du personnel.

 

2/ Vouloir travailler en confraternité

 
C’est assez naturellement que les professionnels de Brehan ont pris l’habitude de se réunir le soir pour discuter, une fois par mois, en prenant le temps qu’il faut pour réfléchir à tout ce qui pose problème. C’est ainsi qu’ils ont organisé la vaccination entre les médecins et les infirmières, ou le suivi des patients diabétiques en confiant aux infirmiers le soin d’accompagner le patient par de l’éducation thérapeutique. Pour faciliter la gestion des patients lors des visites à domicile, ils ont créé un classeur commun qui recense les référents, la mise à jour du traitement, les derniers courriers, les protocoles. Un véritable dossier partagé avant l’heure.
Aujourd’hui, leur action est formalisée dans un projet de santé d’une trentaine de pages.
Pour le Dr Nicolas Thual, une des conditions de succès, c’est la confraternité !
Dans leur pôle de santé, rien que du management horizontal : pas de chef, réunions et échanges sont la clé de leur réussite. Même si tout n’est pas rose, une bonne entente et un même état d’esprit prédominent. En cas de conflits, c’est un non-professionnel de santé qui joue les conciliateurs.

+ Mettre la finalité devant les moyens

L’histoire du pôle de Brehan est aussi un parfait témoignage du fait que l’outil ne créé pas la coordination. En effet, c’est l’envie de travailler ensemble qui a dictée le développement du pôle, et non l’obtention de financement ou d’outils technologiques. S’ils furent les premiers à signer les ENMR, en présence de la Ministre de la santé de l’époque, Roselyne Bachelot, rien n’était prémédité, car c’est uniquement encouragés par la caisse centrale de la MSA, que les professionnels de santé déposèrent leur dossier de candidature. Ce financement leur a toutefois permis de perfectionner leur communication (jusqu’alors résumée aux réunions, au téléphone ou au fait d’aller toquer au cabinet d’en face) en rémunérant un outil commun mettant à disposition une information complète sur le patient et sécurisant son suivi.
Tous les professionnels peuvent aujourd’hui se connecter à ce système.
Pour exemple, les chirurgiens-dentistes peuvent avoir accès au dernier INR de leur patient sous anticoagulants et  les infirmiers renseignent quand les vaccins ont été faits.
L’ensemble des dossiers des anciens médecins de la localité ont également été transférés sur le système, pour être en mesure de les prendre en charge si besoin. Le système regroupe ainsi pas moins de 27 000 dossiers.

 

3/ Rayonner pour attirer de nouveaux professionnels

 

 
Une telle organisation ne manque pas de faire des émules. Et le pôle de santé de Brehan s’ouvre régulièrement à de nouveaux talents. Tous les six mois sont accueillis de nouveaux stagiaires, qu’ils soient masseurs-kinésithérapeutes, médecins, infirmiers ou autres.
Tout est prévu pour eux : des logements au-dessus des cabinets, un internat de campagne dans un ancien bâtiment rénové par la mairie, un restaurant universitaire dans l’EHPAD.Si tous ne reviennent pas s’installer à Brehan, tous les remplaçants du pôle sont des anciens stagiaires. Et six anciens jeunes stagiaires se sont installés sur le secteur de Pontivy depuis 2004.
Par ailleurs, pour s’attaquer à la difficulté de trouver des remplaçants, le pôle de Brehan a mobilisé des étudiants vannetais pour créer un site de remplacement gratuit, national et pluriprofessionnel. La plateforme permet à l’installé de détailler son projet de santé, de présenter son cabinet en photo, d’utiliser un calendrier interactif. Encore une fois, agir plutôt que subir.

 

4/ Porter un dialogue territorial

 
Le Dr Thual et ses confrères semblent avoir surmonté la plupart des difficultés classiques des MSP et pôles (financement, projet, attraction de jeunes installés, etc.), et il est indéniable que leur organisation est époustouflante. Pourtant le tableau n’est pas sans ombre.
Aujourd’hui, les professionnels de santé de Brehan déplorent le manque d’organisation des territoires avoisinants qui menace la continuité des soins, et leur propre organisation.
Autour d’eux, des projets de santé portés par les autorités publiques (majoritairement des maisons de santé) et visant à attirer de nouveaux médecins ont été mis en place sans concertation avec les professionnels déjà installés et en dépit de leur organisation. Résultat, alors que ces nouveaux médecins partent souvent sans crier gare ou ne sont pas contraints d’assurer la continuité des soins, le pôle doit à contrecœur refuser des patients qui ne sont plus pris en charge. D’où la nécessité de bâtir une véritable coordination territoriale, basée sur le dialogue entre les collectivités locales, les institutions et les professionnels de santé.
Ce n’est qu’ainsi que pourront être construits de solides projets de santé territoriaux en adéquation avec les besoins des professionnels installés.
Et le Dr Thual de souligner que les projets d’installation portés par les pouvoirs publics, pour être pérennes, se doivent de comporter des contreparties – comme une obligation d’être médecin formateur, de  rester 5 ans sur le territoire, d’anticiper son départ en retraite -. La préparation et l’anticipation du départ des confrères en particulier, relève d’un point essentiel de réflexion, pour éviter que les dossiers patients ne se retrouvent chez Monsieur ou Madame le Maire. Pourtant, les professionnels de Brehan en sont convaincus, de nombreuses pistes sont possibles pour anticiper ces départs, que ce soit par des systèmes de parrainages, ou encore grâce au transfert des dossiers patients.

 

Si vous partagez les propositions du Dr Thual, rejoignez notre groupe d’échange
Contactez-nous!

 

Association Soins Coordonnés

18 mai 2017

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