Anticancéreux par voie orale : soigner la coordination ville/hôpital

Cet article confirme l’importance de notre engagement auprès de l’URPS Pharmacien PACA dans la mise en place d’une prise en charge coordonnée à la sortie d’hôpital des patients sous chimiothérapie orale. Vous pouvez retrouver notre action en suivant ce lien.

Anticancéreux par voie orale : soigner la coordination ville/hôpital

Paris, le mercredi 6 janvier 2016 – Les dernières données publiées sur le sujet par l’Institut national du cancer (InCA) en décembre le confirment : la « chimiothérapie » orale connaît une place croissante dans le traitement des cancers. Représentant 25 % au début de la décennie, la part des traitements du cancer par voie orale pourrait atteindre 50 % en 2020. Les chiffres livrés par l’InCA confirment cette tendance : en quatre ans, vingt-trois nouvelles molécules actives per os ont été mises sur le marché et « 73 médicaments anticancéreux par voie orale » étaient disponibles fin 2014 « dont la majorité appartient à la classe des thérapies ciblées ». De fait, non contents de présenter un profil d’administration plus simple et plus confortable pour les maladies, ces « anticancéreux per os sont également le plus souvent des innovations thérapeutiques ayant démontré un gain d’efficacité, soit chez des patients en situation d’échec thérapeutique, soit en première ligne de traitement ».

Une coordination ville/hôpital essentielle mais pas encore optimale

Cependant, cette évolution médicale importante comporte des enjeux prégnants pour l’organisation des soins et la coordination entre la ville et l’hôpital. Les risques d’une mauvaise observance sont en effet majeurs, ils vont de « la perte d’efficacité à la toxicité grave » rappelle Catherine Rioufol responsable de la pharmacie de Lyon Sud qui présentait la plateforme Oncoral lors des récentes rencontres de la cancérologie française à Paris. Les plans cancers successifs, et plus encore le dernier, ont systématiquement insisté sur l’importance du développement de la coordination ville/hôpital et du renforcement de l’éducation du patient. Cependant, des progrès importants restent à réaliser. Une enquête conduite par Viavoice pour l’Institut Curie dont les résultats avaient été révélés en septembre 2015 avait en effet révélé la distorsion de perception des médecins hospitaliers et de ville quant au rôle de ces derniers dans la prise en charge des patients atteints de cancer. Un manque d’information des omnipraticiens apparaissait également clairement.

Des niveaux d’intervention modulés en fonction des risques

Cependant, des initiatives prometteuses voient le jour. Ainsi, les Hospices Civils de Lyon ont mis en place dès 2014 la plateforme Oncoral. Cette dernière est « spécifiquement dédiée au suivi pluridisciplinaire des patients ambulatoires traités par anticancéreux oraux » précisait au printemps 2014 les HCL. Le système, présenté de nouveau lors des Rencontres de la cancérologie française, se compose d’un pharmacien de coordination et d’une infirmière d’éducation thérapeutique. Ces derniers travaillent en étroite collaboration avec les infirmières de coordination qui animent le réseau ville/hôpital global. Le « programme » Oncoral suppose deux types d’intervention en fonction d’un score de risque (établi en s’appuyant sur l’âge, les comorbidités, les poly-médications associées, le rythme d’administration du traitement et la situation psycho-sociale). Pour l’ensemble des patients, sont ainsi prévus « l’envoi d’une copie de la prescription médicamenteuse au médecin traitant » et d’un livret Oncoral et une prise de contact avec le pharmacien d’officine (pour vérifier notamment la disponibilité du traitement). A ces mesures s’ajoutent pour les malades considérés comme à risque, un suivi téléphonique infirmier, des séances d’éducation thérapeutique individuelles et collectives et la recherche des interactions médicamenteuses grâce à des « contacts directs entre médecins et pharmaciens hospitaliers et de ville ». Entre quatre-cent et cinq cent patients suivis en ambulatoire sont concernés au sein du Groupement hospitalier Sud par ce dispositif, qui est doublé du programme de recherche Pacome.

Une dynamique générale

Cette plateforme s’inscrit parfaitement dans le type d’initiatives encouragées par le plan cancer pour renforcer la coordination ville/hôpital, améliorer l’éducation des patients et sécuriser d’une manière générale l’administration de la « chimiothérapie » par voie orale. Plus généralement, des recommandations « pour le suivi et la gestion des effets indésirables des anticancéreux » doivent être élaborées, ainsi que des référentiels nationaux. Par ailleurs, le « déploiement d’outils de communication entre professionnels de santé, en particulier le dossier communicant en cancérologie (DCC) » est prôné.

La-chimiotherapie-orale-du-cancer-en-2014_2015

http://www.e-cancer.fr/content/download/137904/1705595/file/La-chimiotherapie-orale-du-cancer-en-2014_2015.pdf

Aurélie Haroche