#tribune

Agir contre les violences faites aux femmes

Avec 3 à 4 femmes sur 10 présentes dans les salles d’attente victimes de violences conjugales, les violences faites aux femmes sont un fléau social face auquel les professionnels de santé se trouvent en première ligne. La Haute Autorité de Santé (HAS) publie des recommandations pour guider ces derniers dans les repérage et l’action.

En France, depuis le 1er janvier, 121 femmes ont été tuées par leur compagnon ou ex-compagnon. Les violences faites aux femmes sont un fléau social qui a des conséquences lourdes sur la santé des femmes (physiques ; psychologiques ; ou financières)[1] et pour la santé de leurs enfants [2] .Pourtant, ce phénomène n’est pas inextricable. Il impose en même temps que nécessite une réponse coordonnée et une prise de conscience de la responsabilité qui nous incombe, à tous, individuellement et collectivement, d’agir.

En particulier, les professionnels de santé se trouvent en premier ligne de ce processus, car 3 à 4 femmes sur 10 présentes dans les salles d’attente d’un médecin généraliste, seraient victimes de violences conjugales[3].  Ils ne sont pourtant pas seuls à jouer un rôle clé: sages-femmes, infirmiers, chirurgiens-dentistes ou infirmiers, pharmaciens, masseurs-kinésithérapeutes, etc., ont tous un rôle  dans l’identification, la prise en charge et l’orientation des femmes victimes de violences au sein du couple.

Agir contre les violences faites aux femmes est une urgence. Il est pour ce faire nécessaire de créer le cadre propice pour que les professionnels de santé puissent accéder à des outils adaptés, leur permettant de repérer et protéger les victimes et s’emparer d’un sujet pour lequel, ils n’ont pas été formés le plus souvent.

Les recommandations de bonne pratique de la HAS

En reconnaissant la responsabilité des autorités publiques à créer ce cadre, le Ministère de la Santé a saisi la Haute Autorité de Santé pour élaborer des recommandations sur le repérage des femmes victimes de violences au sein du couple. Ces recommandations sont destinées à « sensibiliser les professionnels de santé et à leur proposer des outils indispensables à leur mobilisation »[4]

Repérage systématique, même en absence de signe d’alerte

La première fiche pratique, « Repérage des femmes victimes de violences au sein du couple- Comment Repérer-évaluer » propose des pistes concrètes pour se saisir du sujet tels que des questions à poser en consultation, exemple des signes cliniques ou psychologiques, ou des facteurs associés qui pourraient être des indicateurs de violences au sein du couple et inciter les professionnels à repérer systématiquement, même en l’absence de signe d’alerte.

Rassurer la patiente – Créer un lien de confiance

Si repérer un cas de violence domestique lors d’une consultation est la première étape, il est également essentiel pour les professionnels de santé de savoir que faire pour protéger la victime et/ou ses enfants.

Pour faciliter cette démarche, la HAS propose une fiche spécifique « Repérage des femmes victimes de violence au sein du couple-Comment agir ». Elle propose des solutions adaptées à la gravité de la situation et à son niveau de risque, ainsi que des éléments de langages appropriés pour rassurer et pour éviter d’émettre des jugements de valeur, qui romprait le lien de confiance entre le professionnel de santé et la patiente. Dans sa version en ligne, cette fiche pratique propose des modèles de documents administratifs tels que certificat médical ou attestation professionnelle.

Nécessité de mettre en place des conditions structurelles

Si les recommandations de la HAS représentent un premier pas vers le dépistage systématique des violences faites aux femmes lors d’une consultation, il est impératif de mettre en place les conditions structurelles, telles que la formation systématique initiale et/ou continue, les outils adaptés et faciles d’accès, afin de permettre aux professionnels de santé de se sentir entièrement préparés à aborder cette thématique dans leur exercice quotidien.

Il est nécessaire de créer les conditions pour que les professionnels de santé ne se sentent pas les seuls à porter cette responsabilité, d’encourager les initiatives de coopération pluriprofessionnelle et de les accompagner dans cette démarche qui faciliterait leur quotidien et qui pourrait, véritablement, sauver des vies.

Simina GHIT

Chargée d’études et de projets chez Soins Coordonnés