3 questions à … Laurent Chambaud: la santé publique en question(s)

Laurent Chambaud est directeur de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique. Médecin de santé publique, il a une longue expérience professionnelle à tous les niveaux de décision : local, régional, national et international. Il publie aux Presses de l’EHESP, La Santé publique en question(s) illustré par les dessins de Loïc Schvartz. Nous l’avons interrogé pour vous.

  1. A qui s’adresse votre ouvrage ?

 

J’ai souhaité montrer ce qu’est une approche santé publique pour répondre aux grandes questions qui traversent nos sociétés. J’ai donc choisi 10 questions que tout un chacun peut se poser sur notre système de santé. J’ai tenté de le faire dans un langage accessible pour tous.

Même si le public visé n’est pas ce que l’on appelle le « grand public », je voulais sortir du milieu protégé des professionnels ou chercheurs en santé publique. Montrer que, finalement, des élus, des responsables associatifs, des professionnels de santé, des managers de structures de soins… Toutes ces personnes contribuent au développement de la santé publique. Comme Monsieur Jourdain, elles font de la santé publique très souvent sans le savoir.

  1. La santé publique est parfois malmenée dans notre pays. Quels sont selon vous les grands enjeux auxquels elle doit faire face ?

 

Mon objectif est de donner quelques clefs de lecture et d’analyse. Le mot santé publique arrive constamment. Il est servi à toutes les sauces dans les medias et dans le discours politique. Crise de santé publique, problème de santé publique, enjeu de santé publique, scandale de santé publique… J’ai voulu tout d’abord expliquer ce qu’est la santé publique, avant de voir si elle était « bien ou mal menée » dans notre pays. Ensuite, je parlerais plutôt des enjeux de santé auxquels notre pays (comme bien d’autres) doit faire face : vieillissement de la population, irruption massive des maladies chroniques, impact des technologies dans tous les secteurs de la santé, modifications des pratiques professionnelles et des organisations, demande accrue de démocratie aussi bien au niveau individuel que collectif… La santé publique est une manière à la fois d’interroger notre capacité collective à faire face aux nouveaux besoins de santé des populations, de dessiner une réponse en termes de système de santé et de soins, mais aussi de mettre l’accent sur la préservation de ce capital santé collectif (comment promouvoir une bonne santé). Un défi immense qui mériterait un débat public, notamment au moment des élections, plutôt que de brandir des mesures partielles, de se concentrer uniquement sur le financement de la Sécurité Sociale ou de prêcher la prévention comme une panacée !

 

  1. Quelles solutions proposez-vous ?

 

Livre Laurent Chambaud

Dessin de Loïc Schvartz – La santé publique en question(s)

Je ne propose pas de solutions, car les solutions nous devons les trouver ensemble. Mon objectif est plutôt d’expliquer, le plus clairement possible et d’offrir une grille de lecture et d’analyse aux questions que nous pouvons légitimement nous poser, lorsqu’on se retrouve en situation de décider ou d’aider à la décision. Est-ce que les inégalités de santé, ça se guérit ? Avons-nous, comme l’a dit en 2000 l’Organisation Mondiale de la Santé, le meilleur système de santé au Monde ? La prévention, ça coute de l’argent ou ça en rapporte ? Ce sont des exemples de ces interrogations qui ne trouvent pas de réponse scientifique ou technocratique. La science et les connaissances peuvent éclairer le débat, mais elles ne peuvent et ne doivent pas le remplacer.

Toutefois, sans proposer de solutions, au travers de l’analyse que je propose, nous pourrions nous accorder sur trois points majeurs : notre système de santé doit conjuguer une action forte autour à la fois ce que l’on appelle les déterminants de la santé (notre environnement physique et social, notre culture, notre éducation, les conditions économiques dans lesquelles nous vivons et travaillons…) et, dans le même temps, sur l’organisation de notre système de soins ; il faut revoir notre manière de penser (et de financer) des soins intégrés et une véritable continuité de ces soins ; il faut une véritable impulsion nationale, mais laissons les territoires régionaux et locaux répondre au plus près aux besoins !

 

Imprimer cet article Imprimer cet article     Partager avec un ami